"Croire aux fauves" à la Scala, jusqu'au 13 avril (lundi, 02 février 2026)

« Croire aux fauves », paru chez Gallimard en 2019, est un véritable succès littéraire qui a depuis connu plusieurs réimpressions. L’histoire commence en août 2015, quelque part sur la pente d’une montagne du Kamtchatka, aux confins de la Sibérie, Nastassja Martin réalise un étude auprès des Évènes, c’est la première expérience « terrain » de la jeune anthropologique. Sur ce territoire, les Évènes vivent de la chasse et de la pêche, dans la forêt à 600 kilomètres du premier village. Attaquée par un ours, Nastassja Martin se retrouve défigurée mais vivante, il s’ensuit pour elle un parcours infiniment douloureux d’hospitalisations en Russie puis à Paris. Les Évènes lui ont dit : "Maintenant, tu es miedka", mi-femme, mi-ours »… Nastassja Martin raconte cette rencontre extrêmement violente, et à fois étonnement constructrice, avec l’ours, sous le prisme de la vision animiste du monde.  

Fortement inspirée par cette confrontation avec l’animal sauvage puis par cette renaissance dénuée de pathos, la comédienne Constance Dollé y trouve une résonnance notamment avec l’exercice de l’art dramatique. On parle ici de dédoublement de personnalité, d’intériorité, de nature même et de la possibilité aussi de gommer les différences entre l’Homme et l’animal. Le diplôme universitaire en philosophie de la comédienne et sa filiation avec le philosophe Jean-Paul Dollé ne sont certainement pas étrangères à cette inclination. Mais, ne vous y trompez pas, ces différents thèmes sont explorés sans prétention, sur un ton simple et accessible, notamment grâce au jeu très naturel de Constance Dollé.

"Maintenant, tu es miedka", mi-femme, mi-ours »

Menant sa carrière sur tous les tableaux, théâtre, cinéma et télévision, Constance Dollé a été récompensée par le Molière du Seul(e) en scène en 2019, pour « Girls and Boys » de Dennis Kelly, mis en scène par Mélanie Leray, au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Cette fois-ci, avec la metteuse en scène Sandrine Raynal elle a adapté le texte de « Croire aux fauves » aux contours de la scène, afin de se glisser dans la peau de Nastassja Martin, tout en exerçant des pas de côté pour exprimer sa fonction d’artiste-interprète. Tandis que nos cerveaux s’éveillent à des questionnements passionnants, l’imaginaire se délie vers un lointain voyage, aux frontières du monde et de la connaissance. Ce qui est notamment dit, et auquel on voudrait croire, dans cette cosmologie animiste "est que nous avons tous une âme ou une intériorité, que nous soyons plantes, animaux ou humains (rf. Nastassja Martin) ».

A la Picola Scala, Constance Dollé et ses très adroits complices, Camille Grandville et Miglen Mirtchev, font preuve de sincérité parfois drôle souvent touchante. La mise en scène est  truffée d’inventions à tel point qu’elle se passerait bien des petits éléments de décors qui paraissent encombrer l’espace tant le jeu de la comédienne et le texte se suffisent à eux seuls. Le sujet, grave et profond, est  intelligemment proposé pour demeurer fluide et compréhensible, il semble même que la fascination soit une émotion contagieuse. Ainsi, le tragique prend l’allure d’une confidence pour un instant privilégié, un de ceux qu’on ne connaît qu’au théâtre, là où l’inhabituel aime à nous surprendre...

Laurence Caron

16:16 Écrit par CARON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croire aux fauves, la scala, nastassja martin, gallimard, constance dollé, sandrine raynal, camille grandville, miglen mirtchev, alexis beyer, alexandre carlotti, marion pellarini, norbert richard, serge nicolaï, aleksandar malovic | |  Facebook | | |  Imprimer | | Pin it! |