Le Bourgeois gentilhomme au Théâtre de la Porte Saint-Martin, par la Comédie-Française jusqu'au 8 mars (lundi, 23 février 2026)

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Depuis 1680, la Maison de Molière - la Comédie-Française - demeure un formidable territoire de préservation du théâtre français et de ses auteurs, classiques, modernes ou contemporains, avec un talent créatif qui ne cesse de se renouveler ! Le Bourgeois gentilhomme, l’un des grands succès du répertoire, écrit aujourd’hui une nouvelle page, offerte hors les murs de l’institution, au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Les magiciens Valérie Lesort et Christian Hecq — tous deux vivement applaudis dans La Mouche au Théâtre des Bouffes du Nord cet hiver — sont aux commandes de cette nouvelle production. Explorant le genre de la comédie-ballet, à la fois fantaisiste et loufoque, Christian Hecq campe un Monsieur Jourdain disjoncté et sensible, face à une Sylvia Bergé qui fait naître une Madame Jourdain absolument majestueuse.

À leurs côtés, le jeu très précis de Nicolas Lormeau, le vampirique Didier Sandre, le jeune et énergique Axel Auriant - que rien n’arrête -, Baptiste Chabauty, dont on entendra encore beaucoup parler, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Françoise Gillard, Julien Frison, Clément Bresson, Gabriel Draper et Morgane Réal : tous s’échangent les rôles, les manipulations de marionnettes, les chorégraphies endiablées et même les instruments de musique. Le choix audacieux d’une musique des Balkans, tzigane, aux accents traditionnels ottomans, interprétée par un ensemble de cuivres tantôt en loge, tantôt sur scène, crée une gaieté entraînante et colorée. On ne le rappellera jamais assez : cette troupe sait tout faire !

Car, même si ce Monsieur Jourdain fait le show grâce à l’inventivité burlesque de Christian Hecq — dès son entrée, j’ai pensé à l’étonnant défilé de mode d’Élie Kakou (1993, Point-Virgule) —, il s’agit bien d’un travail de troupe, doté d’un savoir-faire rare pour mêler les arts de la scène dans leurs moindres détails. La scénographie somptueuse d’Éric Ruf et les costumes scintillants et colorés de Vanessa Sannino y participent grandement : ils tissent des liens étroits entre les artistes pour brosser un Bourgeois gentilhomme dont — à n’en pas douter — Molière se serait régalé.

À la cour de Louis XIV, musique et danse étaient indissociables de l’art dramatique ; il en va de même pour la troupe de la Comédie-Française, qui n’hésite pas à ajouter des arts visuels grâce à de géniales marionnettes et à des effets de théâtre noir, tout en lançant les répliques célèbres comme des tubes en veillant à maintenir l’attention des spectateurs. Nourri par sa vanité, Monsieur Jourdain baigne dans l’illusion, et le public se laisse volontiers embarquer à sa suite : dans cet imaginaire baroque, il est impossible de résister à tant de drôlerie. Entre tradition et modernité, l’œuvre classique gagne en éclat, révélant toute son intelligence tout en divertissant délicieusement.

Le pari est réussi : de l’orchestre au paradis, la salle entière du Théâtre de la Porte Saint-Martin est secouée de rires, auxquels succèdent des salves d’applaudissements face aux changements de décors et aux effets visuels inattendus.

Ce Molière se plaît au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Dans ce lieu qui fut un refuge pour l’Opéra national en 1781 — avant la construction du Palais Garnier en 1875 —, la musique et la danse sont parfaitement à leur aise. Et ce qui demeure frappant — et toujours matière à réflexion —, c’est de s’amuser autant, de s’évader si loin, alors même qu’il s’agit d’une satire sociale.

Décidément, on s’avoue, une fois encore, qu’au théâtre, la vie est une fête.

Laurence Caron

14:54 Écrit par CARON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le bourgeois gentilhomme, théâtre de la porte saint-martin, molière, valérie lesort, christian hecq, théâtre des bouffes du nord, sylvia bergé, nicolas lormeau, didier sandre, axel auriant, baptiste chabauty, véronique vella, alexandre pavloff, françoise gillard, julien frison, clément bresson, gabriel draper, morgane réal, elie, Éric ruf, vanessa sannino, louis xiv, la comédie française, monsieur jourdain | |  Facebook | | |  Imprimer | | Pin it! |