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En attendant Godot au Théâtre de l'Atelier

samuel beckett,jacques osinski,denis lavant,jacques bonnaffé,aurélien recoing,jean-françois lapalus,peter bonke,fin de partie,en attendant godotA Paris, en 1948, Samuel Beckett traverse une période sombre. Après s’être engagé au sein de la Résistance, l’auteur irlandais et futur Prix Nobel de littérature (1969), s’interroge sur  la condition humaine. Ce désenchantement d’après-guerre va créer une véritable révolution théâtrale. « En attendant Godot » est écrit en français, une langue pour laquelle Beckett nourrit un véritable attachement en y révélant un style volontairement sobre. Roger Blin a créé la pièce en 1952 au Théâtre de Babylone, Peter Brook à Londres en en 1955, puis Jean Vilar, Antoine Vitez, Patrice Chéreau, Patrice Kerbrat, Alain Françon, … la liste est longue. Sur les bancs des écoles autant que dans les théâtres privés ou subventionnés, « En attendant  Godot » est une œuvre majeure, un monument.   

Au Théâtre de l’Atelier, après son superbe Fin de partie (Molière du comédien pour Denis Lavant 2025), Jacques Osinski fait à nouveau vivre Beckett, non pas comme un auteur moderne, mais radicalement contemporain. Il s’empare de la pièce avec le plus grand respect, sans s’aventurer dans des effets superflus : il joue la sobriété et la fidélité à l’œuvre première. Ainsi dénué d’artifices, le texte apparaît presque nu, et les comédiens sont tout à leur aise pour l’incarner. Dans cette atmosphère minimaliste, les silences révèlent la fragilité de l’existence, avec, en fond, un humour qui fait naître une sorte de musicalité désespérée, terriblement mélancolique. On rit quand même, et même souvent.

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Car, au-delà de la gravité du sujet exploré, Osinski a la ferme intention de faire naître des émotions par une lecture lisible, révélant surtout l’humanisme de Beckett. La souffrance, l’attente, l’échec, le passage du temps, cette sorte de fatigue d’exister : ces personnages démunis font preuve d’une grande honnêteté, à la fois glaçante et terriblement attachante. Pour incarner les personnages de Beckett, une brillante distribution est déployée sur la scène du Théâtre de l’Atelier : Denis Lavant, Jacques Bonnaffé, Aurélien Recoing, Jean-François Lapalus et Peter Bonke (en alternance).

Sous l’arbre emblématique souhaité par Beckett, Denis Lavant est Estragon et Jacques Bonnaffé est Vladimir ; le duo formé est d’une tendresse absolue, bouleversante, jouant entre une sorte de naïveté enfantine et une lucidité glaciale. Face à l’impressionnante inventivité de Denis Lavant, Jacques Bonnaffé répond avec poésie ; les deux comédiens créent des vertiges de solitude soulignés par des traits burlesques, comme si le tragique ne pouvait se passer du comique. D’ailleurs, on le sait, « mieux vaut rire que pleurer » : le secret de l’existence est bien là, et c’est encore et toujours au théâtre que les choses se disent le mieux.

Laurence Caron

photo Pierre Grosbois

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