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Natalie Dessay invitée de Lyrique en mer

En 1992, la toute jeune Natalie Dessay, formé au Conservatoire de Bordeaux, fait ses débuts à l’Opéra Bastille, dans « Les Contes d’Hoffmann » le plus bel opéra bouffe d’Offenbach. Cheveux tirés en chignons symétriques, maquillage de porcelaine et robe courte métallisée, la soprano se déplace comme un automate. Roman Polanski mène la danse tandis que Ion Marin est à la baguette. Cette production va marquer le siècle, la prestation de Natalie Dessay est éblouissante, une Olympia fantastique est née : Covent Garden, Le Metropolitan Opera, Vienne ou La Scala de Milan vont se disputer ses faveurs. A Bastille, la petite stagiaire que j’étais s’est faufilée aux répétitions, sidérée par les possibilités vocales de la soprano colorature et ses aigus quasiment inégalés, la présence et l’interprétation de Natalie Dessay me laisse espérer une nouvelle fois que le genre Opéra va prendre un sacré coup de jeune ! D'ailleurs ce rajeunissement est en marche, il a commencé les décennies précédentes. Le jeu des chanteurs rencontre les attentes du public, les mises en scène sont plus théâtrales comme celles de Patrice Chéreau, Robert Carsen, Peter Sellars, Graham Vick ou David McVicar ; l’esthétisme se désencombre, les décors s’épurent et s’inspirent du cinéma ou des arts plastiques ; enfin et surtout, les chanteurs deviennent acteurs, ils affichent une crédibilité, une condition physique et s’impliquent émotionnellement. Parmi Cécilia Bartoli, Renée Fleming, Roberto Alagna, Thomas Hampson ou José Cura, Natalie Dessay est une figure de proue de cet élan…
Ce mardi 4 août, dans le cadre du  festival Lyrique en mer à Belle-île en mer, Natalie Dessay a présenté « Legrand enchanteur » au public belilois. Le matin même, elle avait eu l’extrême générosité de rencontrer les jeunes artistes du festival qui ont su se régaler de son expérience et ses conseils avisés.

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Le festival international lyrique bellilois fêtera ses 30 ans en 2028, désormais ancré dans notre paysage venteux et iodé, a pour mission d’ouvrir un horizon varié et résolument moderne au chant lyrique, notamment grâce à la rencontre de chanteurs et chanteuses à l’aube de leurs carrières (Opéra studio) et d’artistes accomplis. Tout au long de l’année, Jazmin Black Grollemund, qui fut aussi une jeune recrue du festival il y a 20 ans, emmène à sa suite plusieurs générations (de jeunes enfants des écoles pour lesquels elle initie de véritables créations musicales jusqu’aux retraités) à la rencontre de stars internationales et d’un public qui ne cesse de croitre chaque été. Ici, les spectacles se déplacent des églises à la salle Arletty, de la pointe des Poulains jusqu’au Bois du Génie (entre les Portes Vauban) où entre ces hautes murailles et ses arbres centenaires revêt l’allure d’une salle de concert qui n’a rien à envier aux Arènes de Verone...

« Legrand Enchanteur » est l’événement de cette année 2026, jamais une star aussi importante que Natalie Dessay ne s’est produite sur notre cailloux vert. Spectacle protéiforme aux saveurs de comédies musicales, cinéma ou cabaret, Natalie Dessay entre en scène glissée dans une robe lamée, elle est une sirène à la voix envoûtante, admirablement orchestrée par Pierre Boussaguet, aussi à la contrebasse, et talentueusement entouré par Sharman Plesner au violon, Patrice Peyrieras au piano et Thierry Chauvet à la batterie. Les changements de tonalité, le vocabulaire harmonique particulier, le sens de la mélodie, les accents jazz et constructions savantes des notes de Michel Legrand prennent une ampleur aussi impressionnante que pourraient l’être des parties de Bernstein, Gershwin ou de Bach. Avec Michel Legrand, en 2013 et 2017, Natalie Dessay a enregistré deux albums (Entre elle et lui et Between Yesterday and Tomorrow) et donné plus de soixante concerts. Depuis la disparition du compositeur en 2019, Natalie Dessay prolonge cet héritage avec le contrebassiste Pierre Boussaguet (dernier collaborateur de Michel Legrand) ; c’est un voyage aux pays des Demoiselles de Rochefort, des Parapluies de Cherbourg, Peau d'Âne, Yentl, Un été 42, La Valse des lilas, Les Moulins de mon cœur
Dans une grande liberté apparente, la soprano colorature s’est détachée avec intelligence de certaines de ses capacités techniques, de celles qui font monter ces voix extraordinaires au-dessus d’un orchestre et qui saisissent des milliers de personnes. Ici, Natalie Dessay nous raconte une toute autre histoire comme elle sait déjà le faire, avec tendresse et humour, elle réenchante Michel Legrand et se réinvente elle-même dans une dimension nouvelle. Un autre langage donc mais une intention identique, l’artiste est pleinement présente, tout entière vouée à la musique et au public. Pour ce spectacle, certains diront que le texte est prioritaire, l’émotion, la théâtralité et l’histoire, mais finalement cela n’a-t-il pas toujours été le cas pour Natalie Dessay, aujourd’hui comme hier, ici ou ailleurs…
Clou du spectacle, le baryton-basse Laurent Naouri rejoint Natalie Dessay sur scène. Comment expliquer l’émotion suscitée par l’apparition de « Falstaff, Hamlet, Don Pasquel, Golaud ou Sharpless » réunis en un seul homme ? Laissant loin derrière, l’Opéra de Paris, le Met, Glyndebourne, Salzbourg ou Aix-en-Provence, naturellement élégant et extrêmement adroit, Laurent Naouri s’empare des chansons de Legrand avec un sens artistique formidable qui relègue au placard des générations de chansonniers.
Natalie Dessay et Laurent Naouri ont littéralement séduit Belle-île, il est fort à parier que notre île a aussi opéré de son charme… Dans l’attente d’une prochaine rencontre, le festival Lyrique en mer poursuit sa programmation avec pas moins de 17 concerts : ce soir, le Requiem de Mozart en l’Eglise de Sauzon, L’Enfant et les sortilèges de Ravel et Don Procopio de Bizet dès demain (salle Arletty), des récitals aux Poulains (notamment juste avant l’éclipse, le 12 août), des apéros-lyriques (entrées libres), de passionnantes master-classes (les 11 et 13 août dès 14h30 au Réduit B), un programme foisonnant à consulter tout de suite sur lyrique-belle-ile.com .

Laurence Caron

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