Depuis que Timothée Chalamet a secoué le monde du ballet et de l’opéra avec sa réflexion provocatrice et jugée très dénigrante, artistes, compagnies et institutions défendent leur territoire avec intelligence et passion. On pourrait presque le remercier : cette polémique a déclenché une véritable déferlante promotionnelle. Pendant ce temps, la compagnie de Ballet de l’Opéra national de Paris confirme une fois encore combien la danse est résolument ancrée dans son époque. Radicalement contemporain, le programme Empreintes, conçu par José Martinez, rend hommage à la danse dans tout ce qu’elle est : engagement, créativité, prouesse physique et intensité expressive. Une très grande réussite.
SCENES
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« Empreintes » jusqu’au 28 mars à l’Opéra Garnier
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"Brasser de l'air et s'envoler" de et par Xavier Guelfi, à la Scala
Avec son regard doux et espiègle, et ses cheveux en bataille qu’il ébouriffe régulièrement pour y puiser inspiration ou réponses, Xavier Guelfi a l’air d’un drôle de Pierrot en baskets, tout droit descendu de la lune. Le comédien et auteur de « Brasser de l’air et s’envoler » bat des ailes en tous sens à grands renforts de philosophie, poésie et burlesque, un humour raffiné qu’il parseme de vannes faciles comme pour être sûre de n’oublier rien ni personne. C’est un peu déroutant, c'est ce qu'on recherche au spectacle et ça marche ! Sans prétention, son objectif est complexe : redonner au spectateur confiance en l’humanité.Vaste programme...
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The Dance Theatre of Harlem en tournée
Voici une grande et belle respiration : pour une fois, on parle des États-Unis différemment de ce que l’on entend ces derniers jours. Arrêtons-nous à New York, foyer mondial de la culture grâce aux différentes communautés ethniques qui s’y sont installées et, par conséquent, aux luttes essentielles qui y ont été menées et qui continuent de l’être par la voix des artistes. Celle du Dance Theatre of Harlem a commencé à se faire entendre en 1969, après l’assassinat de Martin Luther King Jr., sous l’impulsion d’Arthur Mitchell, premier danseur noir du New-York City Ballet, nommé par son directeur George Balanchine, connu par l’histoire de la danse comme le créateur du ballet néoclassique américain. À New-York, près de soixante ans plus tard, la compagnie poursuit les mêmes ambitions.
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Le Bourgeois gentilhomme au Théâtre de la Porte Saint-Martin, par la Comédie-Française jusqu'au 8 mars
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Le Parc à l'Opéra Garnier, jusqu'au 25 février
Ce soir-là de 1994, je me souviens de tout, et - à la différence de nous, petits et humbles spectateurs - Le Parc d’Angelin Preljocaj n’a pas pris une ride, il fut initialement commandé pour le Ballet de l’Opéra National de Paris. A cette époque Patrick Dupond est aux commandes de la compagnie de Ballet de l'Opéra, poursuivant une politique d’ouverture, de nombreuses pièces contemporaines entrent au répertoire comme celles de Merce Cunningham, Philippe Decouflé, Jean-Claude Gallotta, William Forsythe, Jerome Robbins, Mats Ek... et Angelin Preljocaj. Il y a 32 ans, sur le concerto pour piano n23 en la majeur de Mozart, les Etoiles Isabelle Guérin et Laurent Hilaire inscrivent ce pas de deux dans les grandes pages de toute l’histoire de la danse. Ce baiser interminablement beau - l’envolée de cette chemise de mousseline balayée par la chevelure, où le danseur fait tournoyer sa partenaire au-dessus du sol - devient culte.
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"Croire aux fauves" à la Scala, jusqu'au 13 avril
« Croire aux fauves », paru chez Gallimard en 2019, est un véritable succès littéraire qui a depuis connu plusieurs réimpressions. L’histoire commence en août 2015, quelque part sur la pente d’une montagne du Kamtchatka, aux confins de la Sibérie, Nastassja Martin réalise un étude auprès des Évènes, c’est la première expérience « terrain » de la jeune anthropologique. Sur ce territoire, les Évènes vivent de la chasse et de la pêche, dans la forêt à 600 kilomètres du premier village. Attaquée par un ours, Nastassja Martin se retrouve défigurée mais vivante, il s’ensuit pour elle un parcours infiniment douloureux d’hospitalisations en Russie puis à Paris. Les Évènes lui ont dit : "Maintenant, tu es miedka", mi-femme, mi-ours »… Nastassja Martin raconte cette rencontre extrêmement violente, et à fois étonnement constructrice, avec l’ours, sous le prisme de la vision animiste du monde.
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Eugène Onéguine à l'Opéra Garnier, jusqu'au 27 février
Jeune dandy blasé, Onéguine enflamme au premier coup d’œil la timide Tatiana. Surmontant sa réserve, elle lui écrit une lettre d’amour passionnée. Las ! il lui oppose un refus brutal doublé d’une leçon de morale.
Un duel et des années plus tard, Onéguine tombe amoureux de la jeune femme devenue l’épouse du prince Grémine…
« Eugène Onéguine raconte une histoire d’amour qui ne fonctionne pas », d’un trait Ralph Fiennes résume la trame de l’opéra pour lequel il signe sa première mise en scène lyrique. L’opéra de Piotr Ilyitch Tchaïkovski est inspiré de l’œuvre d’Alexandre Pouchkine, écrit sur huit années, de 1823 à 1831. Ce rôle même, l’acteur britannique l’a interprété au cinéma en 1999 dans un film réalisé par sa sœur, Martha Fiennes. De cette culture russe, Ralph Fiennes nourrit une véritable passion. Et puis, la grande maison de la rue Scribe n’est pas étrangère à Ralph Fiennes, en 2018, il a réalisé «The White Crow» (Noureev), un film biopic sur la vie de Rudolf Noureev…
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"Cher Evan Hansen" au Théâtre de la Madeleine, jusqu’au 17 janvier
De West Side story, Hair, Grease, Chicago, jusqu’au français Starmania, le genre «comédie musicale» redessine souvent des fresques sociales qui mettent en exergue les problématiques d’une époque. Quand l’œuvre est bien faite, elle prend ce caractère universel que l’on peut balader sur tous les continents. C’est le cas pour Cher Evan Hansen qui aborde les difficultés de l’adolescence dans tous ses états, de son mal être jusqu’au premier amour, mais aussi de la monoparentalité, du mensonge, des limites de la psychothérapie, et enfin de la drogue, du suicide, de la sexualité et des réseaux sociaux (notamment du cyber-harcèlement), des thèmes souvent menaçants qui bouleversent notre temps. Heureusement, les auteurs et les artistes ont le pouvoir de rendre la vie beaucoup plus belle. Spécialisé ces dernières années dans des spectacles destinés à un public jeune, le metteur en scène Olivier Solivérès (Molière 2024 pour Les Aventures de Pinocchio et Molière de la mise en scène pour Le Cercle des poètes disparus) s’est emparé du sujet ; après avoir été adoubé par Broadway, la version française de Cher Evan Hansen, une comédie musicale nourrie d’amour, d’humour et d’espoir, est, pour la première fois en France, au Théâtre de la Madeleine jusqu’au 17 janvier 2026.
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Création de « Drift wood » d'Imre et Marne van Opstal, à l’Opéra national de Paris
Plus souvent connu auprès du Nederlands Dans Theater ou de la Batsheva Dance Company, le couple de chorégraphes néerlandais, Imre et Marne van Opstal, est pour la première fois à l’Opéra national de Paris avec la création « Drift wood » mis en musique par Amos Ben-Tal, dont on ne s’étonnera pas qu’il est aussi chorégraphe tant l’accompagnement sonore participe à la chorégraphie. La pièce de 40 mn est construite comme un ballet dans son entier, les propositions sont si riches que le ballet pourrait durer deux heures. Avec une attention particulière portée aux jeux de lumières ou plutôt au jeux d’ombres, les interprètes se présentent en une photo de famille qui prend vie d’une très étonnante façon avec d’astucieux effets scéniques faisant perdre le fil de la réalité. Les mouvements sont d’une précision intense célébrant l’éloge de la lenteur, une atmosphère ouatée qui amplifie le sentiment de passage du temps, si un des interprètes devait tout à coup s’envoler, je crois que personne n’en serait étonné. Même si l’influence de Jiří Kylián semble forte, il y a quelque chose de nouveau dans cette danse, on voudrait en savoir plus, en voir plus, encore et encore...
Photo : ©HUGO THOMASSEN
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« Tel le fleuve rencontre la mer » au Lavoir Moderne Parisien par la cie Reina Gisèle
Seulement trois comédiens et une scène nue ; et pourtant, tout un monde habite le Lavoir Moderne Parisien. Sur un fond de rideau de fils animé par des vidéos projetées invitant au voyage, trois artistes donnent vie à une dizaine de personnages, des vies ordinaires en somme mais qui, du point de vue de l’autrice et metteuse en scène Léa Corbex, deviennent des vies extraordinaires, c’est la magie du théâtre.
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« La Mouche » au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 20 décembre
Avant « La Mouche » aux Bouffes du nord, il y a eu le film « La Mouche », ou plutôt « The fly » de David Cronenberg, sorti en 1986, avec les stars américaines du moments Jeff Goldblum et Geena Davis. Cette adaptation cinématographique de la nouvelle écrite en 1957, par l’auteur franco-britannique George Langelaan, est devenue culte et a participé à créer des générations de réalisateurs et amateurs de science-fiction. En 1958 déjà, une version avait été projetée au cinéma (film de Kurt Neumann), classée dans la catégorie « horreur » et marquant les balbutiements des effets « spéciaux ». Sur les planches du Bouffes du Nord, cette mouche-là s’avère bien plus complexe….
Ce spectacle a reçu trois Molières en juin 2020 : Création visuelle, Comédien dans un spectacle de théâtre public pour Christian Hecq et Comédienne dans un spectacle de Théâtre public pour Christine Murillo.
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Contrastes à l'Opéra Garnier
« Contrastes » à Garnier jusqu’au 31 décembre porte bien son nom ; des danseuses et danseurs aux personnalités fortes composent désormais le Ballet de l’Opéra national de Paris. Quand cette myriade d’Etoiles envahit le plateau, on en prend plein les yeux !
« Anima Animus » de David Dawson (Germain Louvet, Bleuenn Battistoni, Paul Marque) Photo : Benoîte Fanton / OnP
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"Tutu" au Théâtre Libre jusqu'au 11 janvier
La compagnie de danse barcelonaise, Chicos Mambo, fondée par Philippe Lafeuille, n’est pas tout à fait comme les autres, ils sont six danseurs à interroger la danse, la danse sous toutes ses formes et dans tous ses états. Le spectacle « Tutu » date déjà de 2014, après avoir séduit un très large public il poursuit sa conquête sur tous les continents, et à Paris au Théâtre Libre jusqu’au 11 janvier.
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Tosca à l’Opéra Bastille jusqu'au 26 avril 2026
Et rebelotte pour La Tosca de Pierre Audi à l’Opéra Bastille (création en 2014), reprogrammée cet automne et au printemps 2026 ! Sous le poids d’une croix chrétienne monumentale barrant le ciel de Bastille, le drame s’illumine ou s’assombrit, d’acte en acte, menaçant des interprètes éblouissants qui s’aiment ou se déchirent, toujours intensément selon les vœux de Puccini. Tosca demeure une véritable machine à tubes et même si les artistes souffrent d’un manque de direction dans leurs jeux, la mise en scène classique de cette Tosca rassérène, plutôt bienvenue après la triste Walkyrie soi-disant contemporaine…
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La Walkyrie à l'Opéra national de Paris
Après L’Or du Rhin, La Walkyrie, est le deuxième imposant chapitre de l’épopée Wagnérienne présentée par l’Opéra national de Paris.
Le livret de La Walkyrie, imprégné de cette mythologie dont il ne faut pas perdre une miette tant le propos est dense avec ces histoires de famille compliquée, ces dieux cavaleurs, ces enfants incestueux, ces trahisons et vengeances incessantes et cette obsession à n’importe quel prix du bon lignage (qui rappelle toujours un truc dérangeant chez Wagner), tient bien éveillé. La soirée commence à 18h30 pour se clore à 23h30, il y a de longs entractes qui permettent de reprendre son souffle.
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"Bigre" au Théâtre de l'Atelier
Créée il y a plus de dix ans et récompensée par le Molière du meilleur spectacle comique en 2017, la pièce « Bigre » reprend au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 4 janvier. Le metteur en scène Pierre Guillois et ses co-auteurs - et excellents comédiens - Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan, parlent de nous, de vous et des autres. C’est un quotidien banal qui, porté sous les projecteurs et grâce aux talents de ses auteurs et interprètes, se transforme en une fresque humoristique et poétique.
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Tango after Dark jusqu'au 18 octobre à Pleyel

Après New-York et Londres, les chorégraphes et danseurs Germán Cornejo et Gisela Galeassi présentent Tango after Dark à Pleyel jusqu’au 18 octobre, sur la musique d’Astor Piazzolla jouée en live. Le couple de champions du monde de Tango est entouré par huit danseurs affutés et décidés à montrer le meilleur en matière de Tango, une danse particulière, adulée ou décriée, pour le moins fascinante.
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"Le professeur" à La Scala
Octobre 2020. Cinq ans après l’assassinat de douze personnes, dont huit membres de la rédaction de Charlie Hebdo par les frères Kouachi, le professeur d’Histoire et de Géographie Samuel Paty donne un cours d'Enseignement Moral et Civique sur la liberté d’expression en l’illustrant par la parution de deux caricatures de Mahomet parues dans le journal satirique. Les caricatures présentées lors du cours sont des documents issus de la plateforme eduscol qui propose des parcours pédagogiques scénarisés en ligne aux élèves. Intelligent et délicat, le professeur invite les élèves sensibles à sortir de la classe, ou à détourner les yeux, si la présentation des caricatures heurte leur sensibilité.Dix jours plus tard, le 16 octobre 2020, à la sortie de son collège d'Eragny-sur-Oise, Samuel Paty est décapité par un islamiste radical âgé de 18 ans.
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« Swan lake » de Matthew Bourne à la Seine Musicale

Il faut l’attraper au vol avant qu’il ne migre : « Swan lake » de Matthew Bourne est à la Seine Musicale jusqu’au 26 octobre.
Le Lac des cygnes, dans sa version classique ou dans ses infinies interprétations contemporaines, est certainement le ballet qui a connu le plus grand nombre d’entrées au répertoire des compagnies, il est le ballet le plus dansé et donc le plus vu. A la fin du film Billy Elliott de Stephen Daldry (2000), on aperçoit Billy se jeter sur scène dans le costume du Cygne de Matthew Bourne. Dans la fiction, c’est la consécration pour le petit gars du nord-est de l’Angleterre devenu étoile, dans le réel, c’est un des reflets du succès phénoménal du Swan Lake de Matthew Bourne.
Pour remonter aux origines, Piotr Ilitch Tchaïkovski crée « en famille » un petite pièce chorégraphique issue des récits romantiques russes. En 1871, inspiré du conte russe Canard Blanc et aussi du destin tragique de Louis II de Bavière, la fable est intitulée Le Lac des cygnes. Quatre ans plus tard, Tchaïkovski s’en empare de nouveau pour créer une véritable symphonie, c’est le premier ballet du genre, La Belle au bois dormant puis Casse-Noisette suivront. Vladimir Petrovitch Beguitchev, directeur des Théâtres Impériaux de Moscou, en imagine le scénario. Le plus grand ballet de tous les temps est né. Entre autres, Lifar, Balanchine, Cranko, Mac Millan, Mats Ek ou Preljocaj, les chorégraphes de tous horizons et de tous siècles se sont appropriés l’œuvre. En 1984, Rudolf Noureev, fidèle au livret imaginé par Petipa (datant de 1895), redéfinira la chorégraphie pour en offrir une version plus analytique, presque freudienne ; dix ans plus tard, le chorégraphe Matthew Bourne quant à lui fera un pas de côté, plutôt un saut, libre et redoutablement efficace.
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Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra Comique jusqu'au 5 octobre
La production de l’Opéra du Rhin, créée le 20 janvier à Strasbourg, s’installe jusqu’au 5 octobre à l’Opéra-Comique, le chef d’œuvre d’Offenbach est mis en scène par Lotte de Beer, Pierre Dumoussaud est à la baguette.
Avec un air songeur et les yeux brillants, on dit Les Contes, cela suffit pour se faire comprendre. Dans le plus bel opéra-bouffe du compositeur, le fantastique et le merveilleux rythment le livret de Jules Barbier, d’après la pièce écrite en 1851 avec Michel Carré initialement inspirée des contes de l’écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann.
Plus ou moins achevée, la partition des Contes est une œuvre posthume. Jacques Offenbach souffre de la goutte et d’insuffisance cardiaque, malgré son enthousiasme à terminer la plus grande œuvre de sa vie, il meurt à 61 ans Boulevard des Capucines, quinze jours après le début des répétitions, sur ces Grands Boulevards qu’il a tant aimé illustrer en musique. Quelques mois plus tard, le 10 février 1881, Les Contes se créé à l’Opéra-Comique dans une version pas tout à fait définitive, elle sera ensuite de nombreuses fois chahutée notamment par les recommandations écrites d’Offenbach. Il est supposé que les compositeurs Ernest Guiraud et Léo Delibes ainsi qu’Auguste Offenbach, le fils du compositeur, âgé de 18 ans, compléteront la partition tandis que Carvalho, le directeur de l'Opéra-Comique, y administrera quelques coupures.
Les Contes d’Hoffmann est à Offenbach ce que « La Flûte Enchantée » est à Mozart, un épanouissement suprême pour un chef d’orchestre, un territoire infiniment vaste dont les multiples concepts sont inspirants pour un metteur en scène (sans compter l’inventivité inépuisable pour les décors et costumes), et pour les chanteurs lyriques les plus beaux airs du répertoire : la souplesse époustouflante du fameux air d’Olympia, la poétique Barcarolle, les duos poignants en cascade ou la partie très endurante pour ne pas dire héroïque du ténor (avec notamment l’air de Kleinsach), et bien d’autres… De cet opéra fantastique en cinq actes, nombreux s’y sont frottés, les plus grands chefs (Ozawa, Tate, Nagano, Nelson,…), les plus grands metteurs en scène (Chéreau, Béjart, Carsen…) jusqu’aux stars du lyrique (Gedda, Domingo, Alagna, Van Dame, …) ; impossible de ne pas oublier la création de Polanski en 1992 avec Nathalie Dessay ou la plus récente version mise en scène par Robert Carsen à l’Opéra Bastille (2020).
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"An Irish story" à La Scala jusqu’au 5 octobre
Ne croyez pas ce que l’on vous dit, Kelly Rivière n’est pas « seule-en-scène » dans An Irish story, elle incarne plus d’une vingtaine de personnages et c’est absolument remarquable ! De son mystérieux grand-père qui a pris un jour la clef des champs et qu’elle n’a donc jamais rencontré, Kelly Rivière - dit Ruisseau pour l'occasion- en fait toute une histoire, un drame familial qu’elle dépatouille avec agilité et malice.
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"Flowers" à la Scala Paris jusqu'au 29 juin
Qu’il s’agisse de spectacle vivant, du théâtre au ballet, des arts plastiques ou même d’une série Netflix, la sinistrose de notre époque inspire les auteurs, comme si la contemporanéité devait absolument se justifier par une intention dramatique. Échappé de ce côté obscur, le jeune chorégraphe Edouard Hue est tout le contraire avec sa nouvelle création « Flowers » proposée par La Scala Paris jusqu’au 29 juin : une sorte d’éveil de la nature, un « Sacre du printemps » sans sacrifice, et la confirmation d’un talent qui n’a de cesse de s’épanouir. Après "Shiver" et "All I Need" en 2023, puis “Dive” en 2024, la fidélité qui lie Edouard Hue et La Scala a fait naitre un rendez-vous dont on ne peut plus se passer. Dans «Flowers», toute cette joie exprimée sur scène est troublante, à croire que nous en avons vraiment perdu l’habitude ces derniers temps.
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"Peaky Blinders. The Redemption of Thomas Shelby" - la Seine Musicale
A peine diffusée sur la BBC en 2013 puis sur Arte en 2015, la série britannique de 36 épisodes Peaky Blinders devient culte. Alors qu'un prochain long-métrage est en tournage, le phénomène télévisuel avec son esthétisme cinématographique et sa bande-son rock d’un classicisme percutant (dont le rock magnétique de Nick Cave and the bad Seeds, ou celui de Radiohead, Anna Calvi, et Black Rebel Motorcycle Club), le très sexy Thomas Shelby et sa bande de charmants criminels sont désormais incarnés par la Rambert Dance Company sur scène et en tournée internationale.Un pari - drôlement gonflé - gagnant !
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"Les parallèles" à la Scala
Ce soir-là, ils se préparent à franchir la porte d’entrée d’une soirée entre amis, ils ont pour unique point commun leurs solitudes. On imagine que l’action se passe dans une ville comme Paris, là où il est si difficile de nouer des relations entre les êtres. Et puis, on imagine aussi les protagonistes assouvis à un rythme de vie « métro-boulot », pendant lequel il est si difficile de laisser la place à l’imagination. Ces contraintes de temps, d’espace, ces obligations sociales, ces dictats en manque de sens empêchent la sincérité de s’exprimer. Et pourtant… L’auteur et metteur en scène Alexandre Oppecini invente la rencontre, l’histoire d’une improbabilité amoureuse. -
"Juste la fin du monde" au Théâtre de l'Atelier
L’auteur Jean-Luc Lagarce meurt à 38 ans, le 30 septembre 1995. Bernard-Marie Koltès et Copi l’ont précédé, fauchés eux aussi par le sida, leurs œuvres dramaturgiques demeurent, avec pour point commun une écriture radicale, moderne et fulgurante muée par une éminente sensibilité qui flirte avec la mort, avec humour ou cynisme. « Juste la fin du monde » de Lagarce est une de ces préciosités choisie pour ce début 2025 au sein de la passionnante programmation du Théâtre de l’Atelier. Un évènement attendu, on trépignait d’impatience… -
"Le songe d'une nuit d'été" au Théâtre de la Ville
La comédie la plus fantasque de toute la création théâtrale est sans aucun doute Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, elle se joue au Théâtre de la Ville jusqu’au 10 février. Écrite à la fin du 16ème siècle, la fable raconte une nuit de la Saint-Jean, instant onirique par définition selon l’imaginaire anglais, pendant laquelle des intrigues amoureuses sont bousculées par des êtres surnaturels, fées, lutins et elfes semant une joyeuse pagaille entre les humains. -
EXIT au Théâtre14 jusqu’au 23 novembre
Les échos venus du Off d’Avignon étaient dithyrambiques, assurément il s’agissait du spectacle « à voir ». Cependant, le sujet de la pièce portant sur « la fin de vie » et la question posée à nos sociétés pour y répondre me faisaient freiner des quatre fers… Il y a des expériences personnelles et une certaine sensibilité auxquelles il est difficile d’échapper. Et pourtant ! « Exit » au Théâtre14 (qui se joue jusqu’au 23 novembre : dépêchez-vous) est un bijou théâtral, intelligent et divertissant. Car le théâtre dans son espace de liberté tout entier - même militant ou contestataire - demeure un lieu d’émotions, de rire ou de pleurs, tant que le texte (et les comédiens qui le portent) ne perd pas de vue sa mission première : la poésie. C’est le cas ici. La pièce « Exit » est un grand moment poétique, inspirée du documentaire de Fernand Melgar, sur l’association suisse éponyme « pour le Droit de Mourir dans la Dignité », autrement dit le suicide assisté. Charles Templon signe cette adaptation, traduite délicatement en mots par Karine Dubernet et Benjamin Gauthier, et projetée par une formidable équipe artistique qui jongle entre les rôles de malades et bénévoles.
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"L'Amante anglaise" au Théâtre de l'Atelier
Il y a eu un meurtre épouvantable, ce sujet fascine Marguerite Duras. Elle s’empare du fait-divers, transforme un peu les choses, en fait un roman (Éditions Gallimard) puis une pièce. En 1968 au Théâtre National Populaire, Claude Régy est à la manœuvre, Yves Saint-Laurent crée les costumes, Madeleine Renaud, Claude Dauphin et Michaël Lonsdale sont sur scène, l’affaire de la dépeceuse de Savigny est devenue «L’Amante anglaise».
Cette intrigue vénéneuse est au Théâtre de l'Atelier jusqu'au 31 décembre 2024.
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DES OMBRES ET DES ARMES À LA MANUFACTURE DES ABBESSES
L’art, par extension la culture, participe au processus de résilience des personnes et des sociétés confrontées à une situation traumatisante. Dans les livres, sur les écrans ou même dans les arts plastiques, ce super pouvoir du genre humain s’est exprimé depuis les attentats du 13 novembre 2015 comme cela a été aussi le cas aux États-Unis après le 11 septembre 2001. Et puis, il y a cet irrépressible besoin de comprendre les mécanismes qui ont conduit à de tels évènements, les rouages malfaisants de cette folie meurtrière sans compter la manipulation religieuse, cette arme de destruction massive, les enjeux géopolitiques, la communication plus ou moins juste qui en est faite. Là l’histoire serait trop longue... L’auteur Yann Reuzeau a été interpellé par un article de presse, il a voulu en savoir plus, il a fouillé et beaucoup lu, enfin il a choisi d’embarquer -dans une proximité quasi documentaire- le public au plus près du réel : "Des ombres et des armes" à La Manufacture des Abbesses.
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"Le mage du Kremlin" à La Scala Paris, jusqu'au 3 novembre
Ouvert sur toute sa surface, le large plateau de La Scala est nimbé d’une lumière blanche, glaciale, semblable aux spots qui éclairent les visages dans les salles d’interrogatoires. Acteurs et public sont soumis aux reflets des miroirs juxtaposés auxquels rien ne laissent échapper. Le KGB veille toujours...
« Le mage du Kremlin » est un récit de Giuliano Da Empoli (collection Blanche, Gallimard / Grand prix du roman de l’Académie française et finale du prix Goncourt) adapté et mis en scène par, le compositeur et metteur en scène français, Roland Auzet. Sur un rythme vif, le ton est sarcastique et grinçant, les formules sont enlevées et modernes, l’analyse semble d’une véracité froide et brulante à la fois, terriblement juste. Un pays aux allures d’un continent, dont les mystérieux contours n’ont de cesse de s’étendre, cette Russie est définitivement une terre de passions pour laquelle les grands auteurs de la littérature, Tolstoï, Soljenitsyne, Nabokov, Dostoïevski, Pouchkine ou Gogol ont défini un genre romanesque unique et inégalé.

