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« J’ai des doutes » de et avec François Morel à La Scala jusqu'au 5 janvier, et en tournée dans toute la France.

François Morel,la scala,Raymond Devos,Antoine Sahler,Romain Lemire,Alain Paradis,Camille Urvoy,Elisa Ingrassia,Madeleine Loiseau,Valentin Morel,Johanna Ehlert,Matthieu Siefridt,Denis Melchers,j’ai des doutesL’humour c’était lui, aux côtés de Desproges et Coluche, avant que les boxes numériques et paraboles ne succèdent aux antennes-râteau. A la radio aussi, le rythme particulier de sa voix était familier. Mon père finissait ses fins de phrases et ma grand-mère disait de lui qu’il était un génie. Plus tard, alors que je l’avais manqué sur scène, j’ai eu la chance de le rencontrer dans les coulisses du Théâtre Trévise. Ces quelques minutes se sont transformées en un souvenir unique, un trésor. Alors, si vous considérez qu’il est assez ordinaire de porter sa voiture en bandoulière ou de rire avec ses muscles fessiers, rendez vous à La Scala. Dans J’ai des doutes, le comédien François Morel rend un hommage formidable à Raymond Devos.

- Être raisonnable en toutes circonstances ? Il faudrait être fou..  » 2

François Morel et Raymond Devos sont des artistes complets, même si le premier déclare (très humblement) ne savoir jongler qu’avec des mots. Et puis, il sont généreux. Ce petit truc en plus, impalpable, des confidences muettes ou des regards qui semblent ne s’adresser qu’à vous…

Raymond Devos a eu l’envie de se découvrir au public en observant d’abord le cirque ; le spectacle ultime, parfait, celui qui lie nombre de disciplines sans se soucier des étiquettes. Le clown génial a débuté dans des cabarets, ceux qui voisinaient avec les caves de jazz. Magistral autodidacte, poète des mots, acrobate de la langue française, il a aussi frotté son archet sur les dents de sa scie musicale, fait chanter sa trompette ou les touches du piano. Tout en s’inspirant de Marcel Aymé ou de Boris Vian, il a même été un équilibriste sur monocycle et un prestidigitateur, cela en tutoyant un autre Raymond, l’illustrateur ludique et surréaliste de la langue française du 20ème siècle, Raymond Queneau. Puis, ce fut les grandes scènes, les tournées et les plateaux de télévision, les programmateurs des émissions et des numéros spéciaux des grandes heures de la télévision français se sont disputés la vedette, irremplaçable.

- Une fois rien, c'est rien ; deux fois rien, ce n'est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s’acheter quelque chose, et pour pas cher. »2

La très astucieuse productrice Jeanine Roze a eu l’idée de ce spectacle. L’initiatrice des Concerts du dimanche matin au Théâtre des Champs-Elysées, qui fêtent leurs 45 ans d’existence cette année, a proposé à François Morel de s'immerger dans l'oeuvre de Raymond Devos. Sur le même principe, Jean Rochefort s’était lui attaché, admirablement bien, à  Fernand Raynaud (qui croisait aussi Erik Satie) dans le spectacle « Heureux » en 2004 avec la complicité musicale de Bruno Fontaine.

De ce voyage en Absurdie, François Morel en connaît le tracé et toutes les étapes, il chante, il saute et danse avec aisance, une véritable performance dans laquelle l'élève rejoint le maître. Si j’étais un critique - versus sortie de la Comédie Française - j’affirmerais haut et fort : « Il y a du Molière-comédien dans le jeu de Morel ! ». Le héros du 3615 Code QUINENVEUTpour les jeunes qui n'en veut des emplois des Deschiens1 a, dans sa façon de mimer les personnages et de rythmer les situations, un véritable don pour l’invention dramatique. François Morel est au summum de son art, il ne craint pas les esquisses de la langue, quasi expérimentales, façonnées par Devos. Comme lui, il est un beau parleur au sens littéral du terme, il distille une langue savante et piquante et il sait se faire écouter et se faire comprendre de tous. D’ailleurs, ses chroniques du vendredi, Le billet de François Morel, sur France Inter battent des records de podcast.

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Valsant de piano en piano, le musicien Antoine Sahler (en alternance avec Romain Lemire), camarade de scène de François Morel depuis plus de dix ans, construit délicatement quelques remparts musicaux pour cadrer la bête de scène. Les deux compères s’en donnent à cœur joie, le déchainement de tendresse et d’humour qui se déverse sur le plateau de La Scala secoue le public de rires ou laisse échapper de profonds soupirs. Car en effet, c’est bien du cœur dont il s’agit, celui dont la pulsion insuffle intelligence et créativité à l’esprit. La maîtrise exacte des techniques dramatiques et musicales, de la diction à l’improvisation, sont si largement dépassées qu’une atmosphère magique s’en dégage, mystique peut-être.

Raymond Devos est là, pourtant c’est à peine s’il a été imité. De sa stature chaleureuse, il a glissé son bras sous celui de François Morel, puis, de son regard malin, il a invité le public à chanter Je hais les haies. C’est une apothéose, un spectacle qui laisse sens dessus-dessous 

Laurence Caron 

  1. Série télévisée 1993/2002 créée sur Canal+.
  2. Citations Raymond Devos.

Photo M_Toussaint.

 « C’est aujourd’hui que je vous aime » (Éditions du Sonneur) et « Je n’ai encore rien dit » (Éditions Denoël)de François Morel sont des lectures recommandées ainsi que toutes les vidéos et enregistrements existants, connus ou inconnus à ce jour, extraits d’émissions télévisées, radiodiffusés ou de spectacles, avec Raymond Devos.

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