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"Eloquence à L'Assemblée" au Théâtre de l'Atelier, puis en tournée

Robespierre,Simone Veil,Jules Ferry,Christiane Taubira,Aimé Césaire,André Malraux,l’abbé Grégoire,Victor Hugo,Jérémie Lippmann,pierre grillet,theatre,eloquence à l'assemblee,theatre de l'atelier,joeystarrAu cinéma dans Polisse, Max, Le Bal des actrices, Les Seigneurs ou bien L’amour dure trois ans, entre autres, Joeystarr a convaincu en jouant sur toutes les octaves qu’un large public ne soupçonnait peut-être pas au départ. Appât savoureux des médias people dès qu’il est question de ses frasques et débordements en tout genre, Joeystarr est aussi un homme concerné et engagé, militant LCR parfois et fervent antiraciste toujours : l’artiste est un lutteur insatiable.

Entrer en scène au Théâtre de l’Atelier est pourtant un des plus grands défis que s’est lancé Joeystarr. A entendre l’enfant terrible du rap lorsqu’il interpelle un spectateur indiscipliné : « hé ? gars ! Pourquoi tu parles ?  Au cinéma tu parles à l’écran ? Bah non ! Alors ? Là c’est pareil :  tu parles pas », le respect pour ces planches et l’humilité du comédien sont bien perceptibles : le Théâtre ce n’est pas du cinéma…

 

Dans cet entre-deux tours électoral qui sinistre la plupart des salles parisiennes et précipite les services de billetterie dans des tarifications aux réductions outrancières, le Théâtre de l’Atelier ouvre ses portes avec un programme empreint de citoyenneté. Pendant, que les pouvoirs politiques se battent pour remporter le Graal, pendant que les idéaux s’évaporent en fumées brunes, et que les propos s’enflamment et versent dans des noms d’oiseaux bien esquintés par des marées malodorantes, la culture souffre sans que cela ne semble gêner personne. Néanmoins, ici bas, au Théâtre de l’Atelier, la résistance s’est organisée, la manifestation silencieuse se presse, sous les arbres de la poétique et si jolie place Charles Dullin du 18ème arrondissement de Paris, pour rejoindre les rangs de spectateurs déterminés à préserver et à enrichir la mémoire collective et aussi à contrer toutes formes de médiocrité. 
Didier Long, directeur de l’Atelier depuis 2015, est en mission, dans ses murs la parole est libre (« A Hautes Voix », cycle de lectures et de prises de paroles autour du pouvoir et de la citoyenneté, du 9 au 31 mai) et les débats sont mythiques (« 1988, Le débat Mitterrand-Chirac » Jacques Weber et François Morel, du 2 au 7 mai).
Ce soir là, pour « Eloquence à l’Assemblée » l’auteur et dramaturge, Pierre Grillet, précipite les déclarations emportées de Robespierre, Simone Veil, Jules Ferry, Christiane Taubira, Aimé Césaire, André Malraux, l’abbé Grégoire, puis Victor Hugo dans la bouche de Joeystarr. C’est beaucoup pour un seul homme, d’ailleurs le phrasé trébuche et la diction est parfois confuse mais la scène de l’Atelier ne bronche pas, au contraire elle vibre, elle gronde presque. Seul en scène, le comédien, avec l’air excusé d’un enfant qui s’est trompé dans la récitation de sa poésie, se corrige, il reprend et enchaîne, imperturbable militant. Le choix judicieux des textes, et, la fougue avec laquelle Joeystarr les incarne offrent l’espace d’une heure l’essentiel de ce qui est à retenir de notre Humanité. Tous devraient pouvoir le voir et l’écouter, par ces temps obscurs autant de force et de vaillance rassurent, les révolutionnaires, chefs de guerre, portes-paroles contestataires ont trouvé leur voix.
Jérémie Lippmann met en scène l’interprète, s’il est possible de le faire tant Joeystarr sait déjà si bien bouffer l’espace et en rafler l’oxygène. Joeystarr est un monstre, qui n’a pas toujours été sacré, mais qui demeure éperdument sincère. En adroit virtuose des mots, il a un sens inné du rythme à envier par les plus grands orateurs. Et, ce talent pour tenir son auditoire en alerte, il s’en inquiète et n’hésite pas à interroger plusieurs fois le gouffre plein de la salle: « Alors ? vous êtes toujours là ? ». Gouroutisé, le public est bien là, absorbé tout entier. Pour la plupart ils sont venus sans savoir, ils ont suivi le troupeau, ce détour par le théâtre de l'Atelier s’est opéré sûrement pour la première fois. Et les fans boivent les paroles du maître à penser, s’esclaffent au moindre bon mot, s’extasient de tout et de petits riens, même quand l’imprévisible idole reste prêt à en découdre : « Et toi ? qu’est- ce que t’as pas compris dans la phrase ‘éteignez vos téléphones’ !? ». 
L’infatigable guerrier, sombre poète et incorrigible voyou se révèle à nouveau un grand Artiste, tout ce qu’il touche il le transforme. Joeystarr est fait de contrastes, fanfaron provocateur aux milles pudeurs, il serait d’ailleurs un formidable Cyrano ! Et si ce n’est pas Edmond Rostand pour cette fois (peut-être pour la prochaine fois ?), JoeyStarr a l’allure d’un héros romantique tel que Victor Hugo le décrit dans La Préface de Cromwell. A son propos, le comédien avoue avoir découvert les textes d'Hugo il y a seulement quelques mois, la confession s’échappe après que ce dernier ait fait revivre le grand auteur de tout son être et de toute sa chair avec une authenticité désarmante. Cette magie, seul le théâtre en est capable, en cet instant rien ne sépare Joeystarr de Victor Hugo, définitivement la culture peut abattre toutes les cloisons et gommer toutes les frontières, si seulement ceux de là-haut pouvaient en prendre note…

« Eloquence à l’Assemblée » va partir en tournée, et dans moins d’un an Joeystarr et Kool Shen seront sous la bannière retrouvée de NTM : on ne lâche rien !

Laurence Caron

Nb : Il faut espérer vivement une prochaine édition des textes de «Eloquence à l’Assemblée» mais aussi une captation du spectacle afin de toucher le plus grand nombre !

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