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EVITA, LE DESTIN FOU D’EVA PERÓN, AU POCHE-MONTPARNASSE

AFF-EVITA.jpgDes couches de volants dont les sud-américaines raffolent et des froufrous hollywoodiens ornent une fantastique robe blanche. Ces volutes de tulles et mousselines couvrent tout l’espace scénique autour d’un bustier fixe, carcan ostentatoire ou uniforme cérémoniel, l’apparition fantasque s’anime comme la danseuse d’une boîte à musique, une Olympia des Contes d’Hoffmann dont la mécanique rigide ne parvient pas à contenir le flot des émotions...  Sebastiàn Galeota, l’artiste argentin, s’est glissé dans ce costume pour métamorphoser Eva, la jeune fille de la pampa, en Evita.

Eva Duarte n’a pas quinze ans quand elle fuit son village. La jeune fille ambitieuse a l’intention de franchir les échelons de la société. Elle devient actrice notamment en prêtant sa voix à des campagnes radiophoniques. Consciente de sa beauté, elle teint ses cheveux en blond, adoptant définitivement l’adorable naïveté d’une Marilyn, qui plait tant aux hommes, et la séduction manipulatrice d’une héroïne Hitchcockienne.

Même si elle s’en colle partout, Eva est nullement éblouie par les paillettes, la future madone argentine conserve son objectif, elle observe et apprend vite. Faisant fi de l’oligarchie régnante, elle constate que le véritable pouvoir est politique. Un défi qu’elle remporte en épousant Juan Perón en 1945, un militaire hautement gradé qui deviendra quelques mois plus tard le premier Président de la nation argentine à être élu au suffrage universel.

L’Argentine entre toute bouillonnante de sa politique sociale dans les années 50 : congés payés, dimanche, retraite, santé, éducation, laïcité… Eva Perón y joue un rôle indiscutable, vénérée ou détestée, elle est adoptée par le peuple et rallie les milieux populaires. Faire-valoir de la propagande travailliste, sa voix se diffuse sur les ondes radiophoniques et trouve toute sa résonnance dans les cœurs des descamisados (les sans-chemises).

La jeune femme fascine le monde, sa forte personnalité l’emporte sur ses contradictions. Tout en consacrant un budget conséquent à ses robes et bijoux, elle défend l’égalité en droit matrimonial, obtient le droit de votes aux femmes argentines, et ... encourage l’ouverture de la route des rats - les opérations d'exfiltration des nazis vers l’Argentine -  ce qui permet au pays d’empocher des milliards.

En 1952, elle a seulement 33 ans : le règne mythique, de celle que les argentins désignent comme chef spirituel, prend fin, foudroyée par un cancer. L'Argentine reste inconsolable.

Sebastiàn Galeota, le comédien et danseur argentin, a certainement hérité de cette passionaria. Son association artistique avec l’auteur et metteur en scène Stéphan Druet est d’une redoutable efficacité.

En 2018, Stéphan Druet, après avoir créé L‘Histoire du soldata été récompensé par le Molière du meilleur spectacle musical. Le texte Evita, Le destin fou d’Eva Perón qu'il a composé est admirablement dosé, tout semble essentiel, et puis il a cette élégance de traiter de la gravité des choses sur le ton du divertissement. Ici, la culture du cabaret vit de grandes heures, l’instant est tragique mais il est dit avec humour, une légèreté attentive, une politesse en somme.

L’Argentine tient ses quartier d’hiver au Poche-Montparnasse  

Les expressions et le maquillage forcés, l’ampleur des mouvements de bras et la démesure du costume font évidemment penser à l’expressionnisme coloré d’Alfredo Arias, l’Argentine est un pays qui se transmet. La fluidité de la scénographie, presque chorégraphique - la formation de danseur de Sebastian Galeota est un outil précieux - va jusqu’à faire palpiter les tempes du comédien. L’illusion est parfaite. Assurant un port de tête d’une fierté incontestable, le comédien fait rayonner tout autour de lui les sentiments d’Evita. En œillades ravageuse et envolées de bras, la voix forte rythmée par d’indispensables accents argentins, Sebastian Galeota transforme le public en masse populaire argentine, l’expérience est quasi schizophrène ; tout  comme lui, le public du Poche-Montparnasse est hypnotisé, effrayé ou charmé.

Aussi, la performance du tragédien ne pose pas la question du genre : garçon ou fille, cela n’a aucune espèce d’importance, l’instant est voué à l’interprétation absolue, Sebastiàn Galeota est Evita. En le découvrant ainsi, j’ai pensé au Salomé de Maurice Béjart, le génial solo créé pour Patrick Dupond (1985)… Solo pour lequel seules de rares extraits vidéo existent et qui ne sera plus jamais dansé. Ce caractère éphémère du spectacle a le don unique d’habiter nos mémoires et de s’y ancrer ; comme la jeune Eva qui a su user de ce pouvoir magique pour créer Evita et devenir immortelle, presque un personnage de roman.

Mais on ne quitte pas le Poche-Montparnasse comme ça ! Il faut se promettre d’y revenir, peut-être la prochaine fois, sans aucun doute pour Michel for ever, et y retrouver Sebastiàn Galeota et Stéphan Druet.

Laurence Caron

Avec Sebastiàn Galeota, écrit et mis en scène par Stéphan Druet.

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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