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"Crise de nerfs" au Théâtre de l'Atelier

Crise de nerfs,3 farces d'Anton P. Tchekhov,Le chant du cygne,Les méfaits du tabac,Une demande en mariage,Peter Stein,Jacques Weber,Manon Combes,Loïc Mobihan,theatre de l‘atelier« Crise de nerfs » réunit trois farces d’Anton Tchekhov sur la scène du Théâtre de l’AtelierLe chant du cygne ou l’agonie d’un vieil artiste, joué tout en confidences, tendres et ironiques ; Les méfaits du tabac, terriblement burlesque et sarcastique ; et, Une demande en mariage, un tableau hystérique et délicieusement joyeux. Dans les trois, Jacques Weber est génial, et il n'est pas le seul ! 

“Où il y a de l’art, où il y a du talent, il n’y a pas de vieillesse, pas de solitude, pas de maladie, et même la mort, ce n’est qu’une moitié de mort.” extr. Le Chant du Cygne / A. Tchekhov.

Fellinien à souhait, les cheveux hirsutes et le visage grimé, Weber entre en scène dans la peau de Vassili Vassiliévitch Svetlovidov, un acteur vieillissant qui s’est assoupi dans sa loge après une représentation. Tragique et excentrique, Svetlovidov ratisse les bribes de sa carrière, déjà loin derrière, avec regrets et passion. Weber, avec cette infinie délicatesse qui contraste avec son imposante stature, interprète à la volée, Othello, Lear, Hamlet ou Boris Godounov, avec une décontraction nourrie par tant d’expériences et de travail. Il entremêle les tirades, entre rires (une formidable trouvaille, cette façon de faire sonner son rire comme un ténor lyrique) et larmes sincères. Insolent et malicieux, Weber attrape une tirade de Cyrano et la livre en confidence, comme un cadeau au public (Cyrano de Bergerac ne verra le jour que dix ans plus tard). Tchekhov, s’il s’est retourné dans sa tombe, c’est certainement pour mieux voir et entendre Jacques Weber. D’ailleurs on se félicite de découvrir cette « farce » en début de spectacle et non à la fin, tellement l’instant est puissant, impossible d’en sortir indemne. Dans cette même farce, une sorte d’apparition surnaturelle venue du fin fond du plateau est incarnée par Loïc Mobihan, il est Nikita Ivanytch le souffleur du théâtre. Nullement impressionné par l’ogre qui englouti tout l’espace autour de lui, Loic Mobihan créé un rôle, de sa façon de se mouvoir jusqu’à sa diction, d’une composition infiniment tendre, raffinée et si drôle.

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Et la bonne tranche de rigolade ne s’arrête pas là, Weber enchaîne seul en scène Les méfaits du Tabac. Le propos se déroule à l’allure d’un cheval fou au galop, le texte de Tchekhov est radical et sobre, Weber est précis. L’auteur décoche ces flèches là où ça fait mal, il a cette incroyable façon de piéger la nature humaine, d’aller au plus profond des sentiments avec le plus élégant des alibis : faire rire. Il s’ensuit Une demande en mariage pour achever définitivement le public dans la folle dramaturgie que cette courte pièce suscite. Les performances de l’intrépide Manon Combes et celle de Loïc Mobihan sont formidablement justes, et se marient merveilleusement aux interventions majestueuses de Jacques Weber qui semble veiller ce jeune monde avec bienveillance et générosité.

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Pour traiter cette démesure des sentiments, le metteur en scène Peter Stein offre toute sa délicate attention. La mise en scène, comme son nom devrait l’indiquer plus souvent, est une véritable mise en valeur des artistes, des personnages, du texte, enfin de l’auteur. La lecture est vraie, Peter Stein en expert de la dramaturgie, comme un artisan, s’efface, humble, pour exprimer et refléter l’essence même de l’œuvre.

Définitivement moderne, ces trois farces de Tchekhov dépassent ces truculentes portraitures russes pour livrer un message universel où l’humour et la compassion voisinent, un formidable moment de théâtre, immanquable par ces temps perturbés tant il est réconfortant ! Merci.

Laurence Caron

photos : Maria Letizia Piantoni

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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