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« La Ménagerie de verre » au Poche-Montparnasse

la ménagerie de verre,Cristiana REALI,Ophelia KOLB,Charles TEMPLON,Félix BEAUPÉRIN,Jean-Michel ADAM, Romain LALIRE, Vadim SHER,François LOISEAU,Alma de VILLALOBOS,Pauline DEVINAT,Julie MAHIEU et Anaïs SOUQUET,Marcel RONDELEZ,charlotte rondelez,ISABELLE FAMCHON,tennessee williams,poche-montparnasseL’auteur américain Thomas Lanier Williams, dit Tennessee Willliams, n’a pas eu une enfance facile. L’un des plus grands dramaturges du 20ème siècle a certainement puisé son inspiration dans cette famille malheureuse et chaotique.

Saint-Louis. Au sud des Etats-Unis, un père alcoolique, absent la plupart du temps, une mère désabusée, et, une sœur fragile, perturbée, sont les personnages principaux de La Ménagerie de verre, une des premières pièces de Tennessee Williams écrite en 1944. Une résonance douloureusement autobiographique.

 "La pièce se passe dans la mémoire et n'est donc pas réaliste …" *

Pour nous faire rencontrer la violence de ces sentiments, Tennessee Williams à la délicatesse de « se » raconter par la voix d’un narrateur, Tom le fils. Comme une projection de lui-même, un jeune garçon étouffé par sa mère, et, des responsabilités qu’il n’a pas choisies. Une vision distancée par le temps, transformée par les souvenirs. 

"Car le temps est la plus longue distance entre deux endroits…"*

Aux situations dramatiques, l’auteur ajoute des notes d’humour, désespérées certes mais savoureuses. La pilule passe mieux et évite les ornières du pathos. L’écriture élégante, fluide, bouleversante, si bien menée qu’elle vient soulever les personnages, comme dans un songe, un état de semi-conscience.

Un souvenir sans concession mais qui ne porte pas de jugement. 

Sur une étagère dont elle ne peut s’échapper, la scintillante Ménagerie de verre avec laquelle les protagonistes (et le public) tissent de poétiques paraboles entre cette famille et les animaux translucides, apporte un peu d’éclat au petit appartement dessiné par Jean-Michel Adam. Le décor de ces tristes vies se fond en teintes orangées comme à cette heure tardive où le soleil hésite à se coucher. François Loiseau y apporte quelques bougies, petites flammes à la lumière vacillante... Une dualité s’installe, entre rêve et réalisme, symbolisme et sincérité, amour et haine. Charlotte Rondelez est aux manettes d’une mise en scène habilement dépouillée, sobre, en ombres suggérées et à quelques effets vidéo près. Désespérés, les personnages tentent de repousser les murs d’un espace qui semble se refermer sur eux. L’atmosphère se sature de regrets, fantasmes et faux espoirs. En mode survie, l’issue en sera la fuite, pour le personnage principal comme pour l’auteur…

Courtisée par un essaim de « galants », coquette et impertinente, allant se réfugier (ou s’y faisant piéger) entre les pages du roman fleuve de Margaret Mitchell Autant en Emporte le vent, Amanda joue à « on fait comme si j’étais » Scarlett O’Hahara… Cherchant à échapper à cette caricature de femme d’intérieur des années 30, Amanda demeure cette mère louve interprétée par Cristiana Reali qui a en trop aimer ses enfants serait capable de les bouffer. Puissante, furieuse, Cristiana Reali a l’immense tâche d’interpréter un rôle aux accents universels. Un peu toutes les mères à la fois, un monstre d’amour aussi envahissant que faillible. L’interprétation de la comédienne atteint des sommets. Tendue comme un arc, la très belle comédienne bascule avec maîtrise dans un abandon, abyssal. Malgré ce vertige : pas un seul faux pas. Entière, divine, magnifique !

Et puis, il y a les autres. Tous formidables ! Ophelia Kolb, la sœur égarée, est attendrissante et aérienne. Charles Templon est un jeune Tennessee que l’on est près à suivre dans sa carrière, de comédien pour l’un, et d’auteur pour l’autre tant son emploi semble réel. Et, Félix Beaupérin est un « galant » fantaisiste qui passe de la lumière à l’ombre de son personnage avec précision. 

Une remarquable distribution artistique à la hauteur du chef d’œuvre de Tennessee Williams, à voir absolument comme cela est souvent recommandé pour les pièces qui lancent le début de la saison du Poche-Montparnasse

Laurence Caron

*phrases extraites de la pièce

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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