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Rouge de John Logan au Théâtre Montparnasse

rouge,théâtre montparnasse,niels arestrup,alexis moncorgé,john logan,jean-marie besset,jérémie lippmannSoirée intense au Théâtre MontparnasseA la fin des années 50, un grand restaurant New Yorkais souhaite une fresque du peintre Mark Rothko (Niels Arestrup) ; pour répondre à cette commande, Rothko engage un assistant (Alexis Moncorgé).  

Dans l’atelier du peintre, les démons de Rothko se déchaînent, son anxiété du temps qui passe, sa quête de sens artistique et métaphysique et ses révoltes. Son assistant accuse les coups, écoute, apprend et fini par provoquer le maître de l’expressionnisme abstrait pour le pousser dans ses derniers retranchements…  

Niels Arestrup se jette tout entier dans le personnage de Rothko. Irascible, tonitruant, excessif, cruel et égotique. Rothko est à vif. Plongé dans l’œuvre de Nietzsche (La Naissance de la tragédie à partir de l’esprit de la musique, 1872), Rothko appose un sens tragique à chacun de ses actes, de ses pensées et de ses rencontres. Plus qu’un questionnement, c’est un combat rapproché avec l’art, la vie et le monde. Une joute intellectuelle et passionnée dans laquelle Arestrup est parfaitement à son aise. Terriblement humain, terriblement abrupte et à la fois si sensible, si fragile, Arestrup, c’est son habitude, donne tout. Le comédien parvient par l’intelligence du texte de John Logan à projeter le public entre la toile blanche et les aplats de couleur, des fondus enchaînés spatiaux, intemporels. Les territoires des deux artistes semblent les mêmes. A croire qu’un tour de passe-passe aurait permis à Rothko de posséder le corps d’Arestrup. Le public est témoin d’une illusion parfaite, peut-être machiavélique, à laquelle personne ne souhaite changer quoi que ce soit, heureux et parfaitement consentant d’être aussi proche de ce qui fait la création, une alchimie bouillonnante presque palpable.

Dans l’antre de la bête, le jeune comédien Alexis Moncorgé pourrait se faire dévorer en un rien de temps. La confrontation avec Arestrup-Rothko, c’est beaucoup pour un seul homme même s’il est l’un des jeunes comédiens les plus doués de sa génération. Mais, le petit fils de Gabin se défend et trace sa route. A pas feutrés, il impose un jeu subtile et sincère, il esquive les coups de griffes du monstre et lui fait face.

L’ensemble est délicatement mis en valeur par Jérémie Lippman et Jacques Gabel. Dans un jeu aérien les œuvres de Rothko descendent du ciel, dont on ne sait où comme c’est le cas pour toutes les formes de créations. Du Rouge, certes, mais pas seulement. Pour apprendre à regarder autrement, vraiment, et aussi pour ne pas manquer le gros succès de la saison.

Laurence Caron

Rouge - Théâtre Montparnasse - Niels Arestrup, Alexis Moncorgé, Texte de John Logan - Version française de Jean-Marie Besset -Mise en scène Jérémie Lippmann

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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