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Les Pâtes à l’ail sur la Scène Parisienne jusqu’au 30 décembre 2019

LES PATES A L’AIL,LA SCENE PARISIENNE,Bruno Gaccio,Philippe Giangreco,Jean-Carol Larrivé,theatreMonter sur scène est une sorte de défiance à l’égard de la télévision dans notre paysage culturel qui a toujours autant de mal à tisser des liens entre les genres. C’est le pari que s’est lancé Bruno Gaccio, l’auteur à succès notamment des cultissimes Guignols de l’Info, faiseur d’idées et de talents des grandes heures de Canal (à un époque où le « + » ne se prononçait pas), renoue avec cet inconfort et cette ultime expérience du direct parfait en remontant sur scène dans «Les pâtes à l’ail», quarante-ans après avoir quitté les planches du café-théâtre.

Cette recette de pâtes se déguste sur la toute neuve Scène Parisienne de la rue Richer, juste à côté des Folies Bergère, là où Béatrice Dalle et Joey Starr dans l’adaptation théâtrale d’Elephant Man signent définitivement leur transformation de stars trashs de la fin du 20èmesiècle, en artistes accomplis et inspirants du début du 21èmesiècle (j’anticipe un peu, spectacle non encore vu).

L’ail pique et parfume l’atmosphère, impossible d’échapper à la métaphore de la spécialité napolitaine sur un air de Tu vuo fa l’americano (Renato Carosone). Outre apprendre que faire revenir l’ail coupée finement en chips dans de l’huile d’olive apporte un croustillant incomparable à la réussite de ce plat (aussitôt testé et approuvé), ce récit est une expérience remuante pour les zygomatiques autant que pour la mécanique du cœur. Bruno Gaccio est aux côtés de son ami de toujours, le comédien Philippe Giangreco, et soutenu par le metteur en scène Jean-Carol Larrivé. Les trois compères ont composé une comédie aux saveurs transalpines d’une grande sensibilité.

Jamais on ne pourrait imaginer qu’une recette aussi simple puisse révéler un univers aussi complexe.

Dans un  huit clos au décors familier, l’acte tragico-comique se déroule dans un appartement parisien aux murs bleus façon Sarah Lavoine, table ovale d’un design bon marché et meubles de famille chipés aux sites de brocante. Il est question d’amitié et d’amour mais aussi de maladie et de mort, en somme la vie. Les deux comédiens détricotent un texte d’une étonnante fluidité alors que la construction dramatique se ballade entre des vannes à deux balles, des semblants de sketchs et parfois des écarts façon stand-up. L’écriture est fine, le propos est d'une sincérité folle, drôle et émouvante. Entre franche rigolade et compassion, l’expression  passer du rire aux larmes prend tout son sens.

Comme pour le charmant duo formé au cinéma et à la vie par Leïla Bekti et Géraldine Nakache, on aime bien quand les gens s'aiment. C'est bien connu, les histoires d'amitié sont bien plus longues que les histoires d'amour, et puis elles ont la particularité de ne pas éveiller les mauvais esprits qui assombrissent la couleur des sentiments (référence un peu lourde au débat sur les genres, PMA et autres catalyseurs de haine). Dans une dimension où la réalité se fond à la fiction, Gaccio et Giangreco sont autant amis dans la vie que dans la pièce, et c'est certainement cette alchimie qui rend l’instant unique, magique. Sur scène, ils nous convient à un dîner entre deux potes pour nous conter une très belle histoire d’amitié, un sentiment qu’on tente tous de partager, trop rarement de rencontrer. L'amitié, celle qui permet de tout dire ou presque, sur un ton qui démontre définitivement qu'il est possible de rire de tout sous réserve que ce soit fait avec intelligence, la vraie, celle du cœur. Le public quitte la salle à regret, comme à la fin d'une fête réussie. Merci, c’était chouette, vraiment très chouette ! On recommence quand ?

Laurence Caron

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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