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« Gisèle Halimi, une farouche liberté » à La Piccola Scala jusqu'au 21 décembre 2022

Gisèle Halimi,Annick Cojean,Léna Paugam,Philippine Pierre-Brossolette,Léna Paugam, Ariane Ascaride, Mégane Arnaud,Clara Georges Sartorio,Félix Mirabel,Katell Paugam,Alexis Beyer,la piccola scala,la scalaLe 28 juillet 2020, au lendemain de son 93e anniversaire, l’avocate Gisèle Halimi quitte une vie exemplaire nourrie de révoltes et d’engagements. Peu de temps avant sa disparition, Annick Cojean, grand reporter au Monde, a recueilli ses propos dans un livre qui paraît cette même année « Gisèle Halimi, une farouche liberté » chez Grasset. Adaptés et portés sur la scène de la Piccola Scala, ces entretiens révèlent la vie et les combats d’une femme hors du commun, une femme qui a changé le monde.

« Ne jamais considérer, pour les femmes, que ce qu'elles ont est définitif. » Gisèle Halimi

L’Afrique des années 30. En Tunisie, une jeune adolescente entame une grève de la faim pour exprimer l’injustice qu’elle ressent : Non ! Elle ne veut plus servir ses frères et son père sous prétexte qu’elle est née « fille ». Il n’y a rien d’enfantin, le combat commence et ne fera que s’amplifier. Déterminée à devenir avocate, elle lit tout, elle est la première de sa classe, et plus tard, travaille la nuit à Paris pour payer ses études. Déçue par la politique vers laquelle elle tente un écart, Gisèle Halimi se donne corps et âme à la défense des droits des femmes. Jeune mère divorcée, elle élève seule deux petits enfants tout en parvenant à bousculer les codes établis par une société au patriarcat aliénant et mortifère. Perspicace et d’une extrême lucidité sur l’époque qu’elle traverse, elle crée des réseaux afin que chacune de ses batailles ne soient pas vaines, emportant avec elle les médias, elle parvient à éveiller l’opinion. En 1972, c’est le procès de Bobigny, terriblement empathique, pour sa jeune cliente de 16 ans - violée et dénoncée à la police par son violeur pour avoir avorté - Gisèle Halimi n’hésite pas à clamer au tribunal : "J’ai avorté. Je le dis. Messieurs, je suis une avocate qui a transgressé la loi.Puis, vêtue de son armure de drap noir, comme un costume de super-héroïne, elle défend deux femmes violées dans les calanques, c’est « Le procès du viol » à Aix-en-Provence en 1978.

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » René Char.

« Gisèle Halimi, une farouche liberté »  publié chez Grasset a rencontré un vif succès depuis sa sortie, la plume sensible, dévouée et passionnée d’Annick Cojean se place au plus près du réel et se met entièrement au service de son sujet. Un sujet que la journaliste connaît bien tant ces enquêtes, documentaires, récits et témoignages ont exploré les conditions de vie et les droits des femmes dans nos société contemporaines ici ou ailleurs.

Et puis, il y a Ariane Ascaride… Il fallait que ce soit elle. Avec Philippine Pierre-Brossolette, les deux comédiennes se distribuent le rôle de l’avocate. Cette idée de complicité pour un rôle apporte une certaine douceur, un rythme qui permet à l’assistance de reprendre son souffle tant le discours est chargé en cris d’alarme et évènements bouleversants.

Car Ariane Ascaride, artiste engagée, est mordante quand il le faut. Comme Gisèle Halimi, elle aussi, est remontée du sud, elle aussi, est très attentive au combat des femmes, déterminée depuis toujours, et flamboyante comme devait l’être son personnage au barreau. Sa prestation est sans égal ! La comédienne subjugue par son naturel. La chaleur du soleil de Tunisie réchauffe nos joues, les rebellions de l’adolescente vont vibrer les murs tandis qu’on dévore avec elle tous les livres rencontrés, on court effectuer les nombreuses inscriptions dans les universités parisiennes pour tout réussir, et puis plus tard il faut déposer les enfants à l’école, engloutir les repas, raconter une histoire, la culpabilité d’une part, l’indignation de l’autre, et ces hommes qui décident de tout, ces condamnations infondées, ces défenses acharnées,… Quand la petite salle de la Scala ne reflète pas les flots de la Mer Méditerranée, les gradins de spectateurs se fondent en bancs des tribunaux et la scène en prétoire. De la même façon, la mise en scène de Léna Paugam invente des espaces insoupçonnés et éloigne les limites de l’espace scénique, La Piccola Scala serait presque à rebaptiser La "Grande" Scala.

Ainsi Ariane Ascaride hypnotise son auditoire, elle est aussi convaincante que son personnage, elle fait vibrer chaque millimètre de son être, sa technique de jeu relève de la magie. Terrassés, liquéfiés, les spectateurs, après avoir eu les poils dressés sur toute la surface de leur peau pendant plus d’une heure, se lèvent d’un bond en une standing ovation. C’est l’adoration, on ne sait pas pour qui, pour quoi, ou pour tout à la fois : pour la formidable interprétation d’Ariane Ascaride, pour l’équilibre savant cousu entre les deux comédiennes, pour l’héroïne Gisèle Halimi, pour ce combat féministe qui ne fait que commencer… ?

Gisèle Halimi dit qu’elle a tout fait pour qu’aucune femme ne ressemble à sa propre mère ; au final, nous aimerions toute ressembler à Gisèle Halimi.

Le livre est à dévorer si ce n’est pas déjà fait et la pièce est une expérience merveilleuse, à voir absolument, c’est un devoir.

Laurence Caron

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, LETTRES, ONDES & IMAGES, SCENES 0 commentaire Imprimer

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