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Singin'in the rain au Théâtre du Châtelet, du 12 au 26 mars et du 27 novembre 2015 au 15 janvier 2016

Le magicien

Ma première fois c’était en 1993 au Grand Théâtre de Bordeaux pour Les Noces de Figaro. William Christie dirigeait la musique, et, Robert Carsen architecturait l’espace. Ce soir là, je découvrais qu’il était donc possible de faire traverser la lumière du jour jusqu’à la scène d’un théâtre ? Une autre dimension s’ouvrait… Ce fut un éblouissement, à tel point que mon regard sur les choses de l’éphémère changea définitivement.
Robert Carsen, le metteur en scène canadien, est capable de ça et de bien d’autres choses. Que ce soit pour Disneyland (Buffalo Bill’s Wild West Show), pour les plus grands opéras, le théâtre ou pour des scénographies d’expositions (L’Impressionnisme et la Mode, Musée d’Orsay 2012), Robert Carsen est un illusionniste.

La fonction du metteur en scène est de façonner un monde dans un espace déterminé, comme un géant qui se jouerait des êtres et des éléments, il les déplace à sa guise, et fait valser ce qui est établi au profit  de son propre ressenti. Le public ne parvient pas toujours à suivre et à comprendre les intentions et les liens qui animent les interprètes, les décors et les costumes, dans cet espace apprivoisé qu'est l'espace scénique. Robert Carsen, lui, n’égare personne, attentif, il va à l’essentiel, il y a une évidence, comme une vérité. Et puis, c’est beau. Toujours beau. 

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La promesse

Alors pour LA comédie musicale, Singin'in the rain, immortalisée à l’écran par Gene Kelly, Debbie Reynolds et Donald O'Connor, il n’y avait pas d’autre choix possible, pour le Théâtre du Châtelet, que celui de Robert Carsen, un des plus grands metteurs en scène du monde. Entre ces mêmes murs, il y a eu, en 2006, Candide de Bernstein puis, en 2012, My Fair Lady de Lerner & Loewe, le genre est familier pour le metteur en scène, et l’assiduité du directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, a servir ce qu’il se fait de mieux en matière de Comédie musicale, est grande. Grande, et insatiable !
Après l’exceptionnelle création d’Un Américain à Paris, il y a encore à peine trois mois, il semblait que le Théâtre musical avait fait là son coup d’éclat de la saison 2014/2015 pour ce qui appartient au registre des paillettes. Sans perdre haleine, le Châtelet a enchaîné sur sa lancée et offre, aujourd’hui, un Singin'in the rain, très bien inscrit dans la suite chronologique d’Un Américain à Paris.

220px-Singing_in_the_rain_poster.jpgLe tour

Pour Singin'in the rain, le regard du metteur en scène a embrassé l’oeuvre dans son ensemble pour restituer le film sur les planches dans un collage parfait. L’écran se déroule entre cour et jardin, tandis que les danseurs s’emploient à couvrir le plateau de chorégraphies enthousiastes, une tonalité, en noir et blanc, au grain chic et raffiné, s’éveille parfois de couleurs chatoyantes comme pour un film colorisé. L’esthétisme, rigoureusement dessiné par les décors de Tim Hatley et les costumes d’Anthony Powell, se décuple sur un genre  glamour pour lequel il est impossible de ne pas succomber.

Un charme dingue se libère : les planches de Broadway s’échauffent et les projecteurs glissent sur les plateaux d’Hollywood. Il est probable que le spectateur ne sache plus très bien où il en est, c’est un voyage fantasque et joyeux entre la scène et le cinéma, et cet abandon est délicieux.

Le prestige

Le spectacle est à son comble et atteint les limites d’un gigantesque numéro de prestidigitation. Les personnages franchissent une sorte de barrière invisible, celle qui sépare les images projetées et la réalité de la scène, c’est une sorte d’expérience multi sensorielle aux dimensions infinies. Et c’est aussi un pari osé, extrêmement risqué, qui, lorsqu’il est tenté, est pour la plupart des cas un échec, avec en plus le souvenir désagréable des égratignures laissées sur l’œuvre. Mais pour cette production, le talent du metteur en scène et de ses interprètes défie les lois de l’espace et du temps. A aucun moment il ne s’agit « d’imitation » même si les rôles légendaires sont partagés par des artistes dont les tempéraments sont extrêmement proches de leurs prédécesseurs. Ils savent tout autant danser et chanter, si ce n’est mieux (pour le film les airs chantés par Debbie Reynolds furent en partie doublés), et dans les conditions du direct.

L’Orchestre de chambre de Paris brille sous la baguette de Gareth Valentine, les mélodies s’envolent pour faire fondre l’auditoire, les voix sont belles, puissantes et nuancées, quand et comme il le faut. Les interprètes sont tous exceptionnels, pour les premiers rôles : la prestation d’Emma Kate Nelson (Lina) est d’une drôlerie et d’une force phénoménale, Dan Burton (Don) danse et chante avec une aisance déconcertante, l’inventivité et l’énergie de Daniel Crossley (Cosmo) est sensationnelle, et, Clare Halse (Kathy) déploie une juste et adorable séduction si nécessaire au rôle. L’ensemble de la troupe est remarquable, à noter la prestation chantée et dansée de Jennie Dale, et, la courte apparition filmée de Lambert Wilson. Génial. Quant aux ensembles dansés, ils créent une énergie contagieuse de celle qui fait fourmiller les jambes et fait battre la mesure des phalanges et des orteils…

Ah ! Se glisser dans un élégant fourreau pour s’élancer dans un pas de deux aérien, danser sous la pluie pour transformer de simples flaques d’eau en d’éclatantes cascades de perles, s’inventer un coucher de soleil hollywoodien pour y enchanter un des plus longs baisers du cinéma, ou bien, se ruer dans un numéro de claquettes époustouflant… au Théâtre du Châtelet, tout est possible. Il serait criminel de ma part de vous en dire plus, la surprise des effets pour chacun des tableaux doit absolument conserver son mystère.
Singin'in the rain est déjà complet pour ce proche printemps, en revanche une reprise est prévue dès la rentrée prochaine… réservez c’est immanquable.

Laurence Caron-Spokojny

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Commentaires

  • Bonjour, merci pour l'info, je fait justement un exposé sur le théatre

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