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Mademoiselle Julie de Strindberg au Théâtre de l'Atelier

Capture d’écran 2019-05-29 à 11.59.16.pngEn Suède, dans les régions les plus septentrionales du pays, lors du solstice d'été, c’est à peine si le soleil se couche, c’est la nuit de la Saint-Jean ; une nuit magique où l’amour est célébré.

Cette nuit là, Mademoiselle Julie, une jeune aristocrate, solitaire et désespérée, se mêle aux domestiques et séduit Jean, le valet de son père, sous l’œil critique de Kristin, la cuisinière.

En 1888, « Mademoiselle Julie » le huit clos tragique d’August Strindberg dérange les autorités suédoises, la pièce sera jouée dans toute l’Europe, avant de se produire finalement en Suède en 1906.

Anna Mouglalis déboule, directe, habitée totalement par la folie de son personnage. Peut-être que cette folie est portée un peu trop haut dès le départ, il est à parier que le jeu de la comédienne va se nuancer au fur et à mesure des représentations pour une meilleure montée en puissance. Ce soir est une première, la tension est palpable. La beauté et la présence féline d’Anna Mouglalis sont magistrales. De ses yeux charbonneux et sa voix grave, elle est une de ces personnalités fascinantes que le public adore ou bien hait. Mademoiselle Julie se déhanche, elle se tient comme un garçon, à moins que cela soit seulement un prétexte pour afficher une allure encore plus provocante, elle revendique une indépendance toute personnelle, peu lui importe, tout est de la faute de sa mère dit-elle. Le tempérament violent du personnage n’impressionne pas du tout son interprète, Anna Mouglalis se jette dans l’arène, instinctive et sans filet. 

Pour lui faire face, Xavier Legrand interprète le valet du père de Mademoiselle Julie, nullement effacé par le charisme d’Anna Mouglalis, il est déterminé à dompter les excès du personnage qui lui fait face. Xavier Legrand a l’élégance de ces acteurs initiés du Conservatoire, le phrasé est à la fois fluide et texturé, tout prend sens. Jean est terriblement complexe, Xavier Legrand en tisse une interprétation adaptée, extrêmement sophistiquée, rien ne lui échappe, ses propres intentions autant que ses échanges appliqués avec ses partenaires dont il prend grand soin.

Dans le rôle délicat de la cuisinière, Julie Brochen s’attèle aussi à la mise en scène. Un bijou scénique, parfait, concentré, avec une intensité qui égale la portée du drame noué par Strindberg. Les interprètes sont mis à l’honneur comme il est rare de le voir ces dernières années. Il y a du rythme, des déplacements précis, l’ensemble est sans artifice, des lumières nordiques, douces et froides, une ambiance épurée comme pour mieux révéler la violence des sentiments et la douleur du piège qui se referme... Le combat est sans merci. A la lutte des classes s’ajoute le conflit familial, la quête de reconnaissance, la guerre des sexes, la détresse psychologique, le tumulte des sentiments, un registre immense disséqué par Strindberg, impitoyable.

A voir absolument, jusqu’au 30 juin au Théâtre de l’Atelier.

Laurence Caron

Lien permanent Catégories : EN FAMILLE, SCENES 0 commentaire Imprimer

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