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"Un vivant qui passe" au Théâtre de l'Atelier, lecture de Sami Frey

CLAUDE LANZMANN,UN VIVANT QUI PASSE,Sami Frey,Franck Thévenon,Vincent Butori,Théâtre de l’Atelier,shoah,Maurice Rossel,circ1943, Maurice Rossel, délégué du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) visite le camp d’Auschwitz, l’échange avec le chef du camp est courtois. A la Kommandantur, les nazis sont « fiers de leur travail», Rossel aperçoit quelques baraquements, croise des groupes de prisonniers « israélites », maigres, tenues rayées et calotte sur la tête, ce sont leurs regards qu’il retient. Pour ce qui est des moyens d’extermination, il n’est témoin de rien, il n’a rien à en dire, rien à rapporter. Lui savait bien sûr que c’était « terrible », en Suisse personne n’ignorait que les prisonniers civils ne revenaient pas de ces camps, mais personne n’avait conscience de « la masse »… Près d’un an plus tard, Theresienstadt, ville forteresse au nord-est de Prague, une sorte de ghetto modèle, est sa prochaine étape. Rossel constate un traitement particulier et une organisation qu’il considère comme « privilégiée » dans ce camp Potemkine, une ville qu’il juge « presque normale ». C’est du théâtre, il l'admet, les nazis ont tout organisé pour sa venue, cependant il s’étonne de la docilité des « israélites »…

En 1979, pendant le tournage du film documentaire Shoah, Claude Lanzmann recueille les propos de Maurice Rossel, cet échange est filmé, retranscrit et édité.

Sur la scène du Théâtre de l’Atelier, Sami Frey fait renaitre ce dialogue, une sorte de marqueur historique, comme un coup de frein brutal, un récit de l’épouvante. L’intelligence se sent si démunie face à l’ignorance tandis que l’humanité se questionne. Comment un tel manque de conscience est-il possible ? De cette sobriété de ton qui caractérise le travail du cinéaste, des cris d’horreur s’étouffent quelque part, cela Sami Frey le fait ressentir de tout son être. Pendant un peu plus d’une heure, le public du Théâtre de l’Atelier respire au rythme de l’acteur. De l’habileté de l’intervieweur à retenir son indignation face au manque total d’empathie du témoin, Sami Frey enchaîne, sautant d’un personnage à l’autre, avec une technique fine et aisée, délicat et puissant, sa distinction et sa réserve naturelle subliment le propos. Le ton est profond, d’une sincérité si limpide et si évidente, la cruauté est à son comble. Cette interview est un prétexte pour illustrer en somme que le statut de spectateur n’implique pas forcément la passivité.

A l’heure de la disparition des derniers témoins de la Shoah, le rôle de l’art n’a jamais été aussi essentiel.

Laurence Caron  

Lien permanent Catégories : LETTRES, ONDES & IMAGES, SCENES 0 commentaire Imprimer

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