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EN FAMILLE - Page 5

  • L'étrange cité d'Ilya et Emilia Kabakov sous la nef du Grand Palais, jusqu'au 22 juin 2014

    grand palais,ilya kabakov,emilia kabakov,rmn,monumentaDepuis l’éblouissement absolu installé par Daniel Buren, dans la nef du Grand Palais, pour Monumenta en 2012 : des couleurs franches imprimées sur ces modules circulaires ont envahi ma vision. Encore aujourd'hui, sous cette majestueuse verrière, l’intention artistique de Daniel Buren continue de brouiller le réel, je ne parviens pas à m’en détacher. Pourtant, ce matin là, avec la ferme volonté d’avoir un regard nouveau, j'aborde les remparts de L’étrange Cité des deux artistes d’origine russe, IIya (80 ans) et Emilia (69 ans) Kabakov.

    Grand Palais, Ilya Kabakov,Emilia Kabakov,RMN,monumentaL’espace immense se découpe en un dédale d’allées limitées par de hauts murs d’un blanc immaculé dont l’entrée se fait sous une coupole renversée. Colorée de vitraux, la forme spectaculaire de 24 tonnes semble vouloir transmettre un écho, une voix ou une écoute. Cette construction avait été commandée par feu Gérard Mortier (il a été directeur de l’Opéra national de Paris) pour le décor de l'opéra Saint-François d'Assise d'Olivier Messiaen au Festival de la Ruhr (Allemagne-2003).

    « L’étrange cité », pure comme un ensemble d’icebergs et lumineuse comme une cité grecque, ouvre sur des entrées sombres et mystérieuses aux noms ésotériques: « Le centre de l’énergie cosmique », « Comment rencontrer un ange ? »,… Ces enceintes, une fois leurs seuils franchis, dévoilent tour à tour les univers contrastés du couple d’artistes : un musée vide comme une cathédrale, des peintures noires ou de couleurs vives, des objets insolites et des constructions funambulesques, laissent entrevoir la possibilité d’une recherche artistique sans fin où l’utopie semble faire naître ou détruire à sa guise les civilisations, comme dans une boucle infernale.
    L’intention de départ des artistes est peut-être d’évoquer les choses avec simplicité, mais le concept même de l’installation est très ambitieux. Même si Ilya et Emilia Kabakov se défendent de ne pas être des « artistes politiques », ils expriment ici une forme de militantisme aux idéaux bien tranchés. L’Homme apparaît dans leurs œuvres comme particulièrement doué pour la conquête ; son aspiration à « se dépasser » traverse les époques et les frontières.

    En fait, ce qu’il y a de remarquable, dans la représentation de ce Monumenta 2014 au Grand Palais d’Ilya et Emilia Kabakov, n'est pas uniquement la représentation artistique, mais plutôt le reflet d’un parcours de vie, de deux vies unies dans un même élan créatif depuis 1989. Beaucoup plus qu’une expression artistique en quête d’esthétisme, c'est un réel témoignage sur la condition humaine. A découvrir jusqu’au 22 juin sous la nef du Grand Palais.

    Laurence Caron-Spokojny #cequiestremarquable

    Nb : pour en savoir plus sur le couple d'artistes Kabakov ; à lire, très intéressante interview, dans Le Figaro

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  • "Indiens des Plaines" au Musée du quai Branly jusqu'au 20 juillet 2014

    affiche_indiens_plaines.bro.jpegAu delà des hautes herbes de ses jardins, quelques tribus Cheyenne, Sioux, Blackfoot, Apache, Comanche, Arapaho ou  Pawnee ont envahi le Musée du Quai Branly.
    Les grandes plaines d’Amérique du nord grondent sous une charge de bisons, alors qu’au milieu d’un rassemblement de tipis un pow wow bat son plein de chants et de danses. A
    u loin des nuages de fumée s’échappent, une mère persuade un fils de ne pas se rendre à la guerre, des tribus se sont réunies en conseils, un calumet se partage, on entend les cents qui accompagnent une danse du soleil, un chaman évoque les esprits pour la prochaine chasse aux bisons... 

    Les indiens des plaines de l’Est sont repoussés par la Conquête de l’Ouest aux confins des Plaines du Nord et de l’Ouest, les guerres intertribales sont terribles mais pas autant que cette Amérique qui avance et qui détruit tout sur son passage. C’est la fin d’une civilisation. Après la variole et les massacres, les enfants sont arrachés à leurs parents pour être «reformatés», le nomadisme est fauché par le placement des peuples dans des réserves, les traditions spirituelles, familiales et culturelles sont interdites.

    jean-michel wilmotte,indiens des plaines,musée du quai branlyPourtant, le cœur du peuple de ces Indiens des Plaines palpite, il parvient à se faire entendre autrement, et une voix forte : l’Art. Après avoir imprégné, malgré lui, l’histoire du cinéma américain, la culture indienne déploie son grand raffinement dans une démonstration ancestrale et contemporaine. Les objets de culte et les vêtements cérémoniels rivalisent de beauté. Cheveux longs, crêtes ou tresses ornent des coiffes et couronnes somptueuses. Mises en scène par Jean-Michel Wilmotte, les broderies de perles de verre ou de plumes teintes n’ont rien à envier à la Haute Couture d’aujourd’hui, ce serait même l’inverse. Des constructions géométriques aux tracés délicats et aux teintes choisies sur des peaux de bisons tannées, selon des techniques anciennes, côtoient des sculptures de bois ou de coquillages aux lignes résolument contemporaines qu’elles soient issues du 16ème ou du 20ème siècle.
    La production artistique du peuple indien demeure une source d’inspiration inépuisable. Les artistes contemporains manifestent plus que jamais une forte dimension identitaire et le courant s’impose autant dans les Musées que dans les Galeries d’Art les plus en vogue.

    "Indien des plaines" a la possibilité d’être lue à travers différents prismes, l’exposition est riche, autant didactique que divertissante, et est vraiment accessible à tous. Le facteur commun à ces différentes lectures est la beauté ahurissante de tout cet art réuni entre les murs du Quai Branly, et, le message de ce peuple magnifique est puissant, malgré les ravages qu’il a subi, il résiste. Au début du 20ème siècle, seulement 250 000 indiens ont survécu, aujourd’hui ils sont plus de 4 millions sur le territoire américain.

    Laurence Caron-Spokojny

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  • Picasso, céramiste à la Cité de la Céramique de Sèvres jusqu’au 19 mai 2014

    picasso,cité de la céramique de sèvresLors de l’exposition annuelle des potiers de Vallauris en 1946, Picasso rencontre Suzanne et George Ramié, les propriétaires d’une fabrique de céramique, l’atelier Madoura. Picasso y réalise ses premières œuvres en céramique puis 4500 œuvres suivront jusqu’en 1971. Picasso considère avoir trouvé une façon  de démocratiser son œuvre ; depuis la libération, Picasso est inscrit au parti communiste, son engagement date de la période de la guerre d’Espagne, il confiera à André Malraux : « J’ai fait des assiettes, on peut manger dedans. »

    L’œuvre céramique de Picasso a investi le dernier étage de la très belle Cité de la Céramique de Sèvres : c’est un éblouissement. La sensualité des courbes de ses femmes, aux hanches généreuses et à la taille élancée, côtoie la foule déchaînée de ses chères corridas alors que faunes, et chèvres délicates, se partagent les vitrines lumineuses de l’exposition. Lire l'article.

    Vase aux danseuses ou bacchanale, Pablo Picasso, 24 juillet 1950. Grand vase à col évasé, terre cuite rouge, gravée et peinte à l'engobe ocre. Pièce unique. Collection particulière. (c) Succession Picasso 2013 ; crédit photo : Maurice Aeschimann.

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  • Bruxelles sera rock, Bruxelles sera rouge : avec l'installation d'Arik Levy

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    A l'occasion de l'exposition ARTVIEW, Arik Levy inaugure l'installation de sa culture RockGrowth sous l'emblématique Atomium, du 25 avril au 30 septembre.

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  • Spamalot à Bobino, jusqu'au 19 avril

    spamalotLorsque l’humour british rencontre l’humour français, le mariage n’est pas forcément évident. C’est pourtant le pari gagné par Pierre-François Martin-Laval, dit PEF. 
    Inspiré par le film des Monty Python « Sacré Graal ! » (1975), puis créé sur scène à Londres en 2005, l’arrivée de « Spamalot » à Paris était très risquée ; ces dernières années les comédies musicales servies sur les planches parisiennes n’ont pas su être à la hauteur de leurs aînées londoniennes ou newyorkaises… Pourtant, après le succès en 2010 au Théâtre Comédia, la production de Spamalot continue à prouver le contraire à BobinoLire l'article

    "Aimer" la page facebook de Ce qui est remarquable

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  • Christophe, INTIME, au Théâtre Antoine

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    Costard ringard coincé dans les santiags, définitivement scotché sur une époque que personne ne saurait exactement situer, Christophe entre sur la scène du Théâtre Antoine comme dans son salon, il connaît le lieu sans le regarder tout à fait. Expérimentation électro, le public tente de s’y retrouver... Des spots colorés balayent la brume. Tentative sophistiquée. Le brushing blond, maintenant presque blanc, est éclairé par le haut comme auréolé. Couinements funambulesques, le public soupire d’aise.

    Christophe pianote, il se donne des airs de concertiste, des effets de lumières eighties rétrécissent l'espace du Théâtre Antoine, façon boudoir. Nostalgie amoureuse, rencontres hasardeuses, des petits riens déprimants enchantent de suaves mélodies. Délaissant les synthés pour  le piano noir, comme sur le tableau noir du Cancre de Prévert, il dépouille, épure et réinterprète ses chansons comme s’il s’agissait d’un répertoire classique. L’oiseau de nuit instrumentalise tout, et le son persiste même quand il ne chante plus.

    Quelques gorgées de Jack Daniel's rappellent que ce truc là ne se fait plus sur scène depuis belle lurette. Gainsbourg n’est plus. Même Jaeger et Bowie mangent bio et sirotent du thé vert. Mais lui, Christophe, il est celui qui a transformé son prénom en un genre à part entière, il ignore les nouvelles lubies des autres. Pas de mea culpa ici bas. Il râle un peu, il conduit sa chaise magique armée de son micro. Terminé les Ferrari. L’italien s’est calmé. Bavardages. Le chanteur yéyé cite Alan Vega, encore et toujours, à tel point qu’on ne sait plus lequel des deux a commencé à admirer l’autre. Le ton est aux confidences, anecdotes pas très neuves, le public lui répond. C’est cela qu’on appelle « l’intime ».

    Brassens, pourquoi pas Barbara, alors que Bashung veille du haut des cintres... Quelle bonne idée cette articulation précise qui fait apprécier le texte, c’est mieux. Le public chante toujours. La réverbe à fond les balances envoie des échos comme sous la voûte céleste d’une cathédrale. Mystique de son propre mythe. Il parle de lui. Bonne parole. Maîtrise aiguisée de sa guitare…parfaite, et du micro.

    Caricatural, entre les bobos qui regrettent une jeunesse punk qu’ils n’ont pourtant jamais eu, et, les mamies qui ‘savent rester jeunes comme Sylvie Vartan', le public de Christophe est en émoi, transporté. Rome-antique, les très classiques ‘mots bleus’ font planer. Pâmoison. Idolâtre. C’est cela, Christophe est un concept ou une autre sorte de dieu, à qui voudra bien l’écouter.

    Laurence Caron-Spokojny

    ...et, parce qu'il impossible de résister au manque : 

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  • Les animaux sauvages s'installent à Paris : le PARC ZOOLOGIQUE de Paris ouvre ses portes le 12 avril

    parc zoologiqueAu loin, 'le rocher des singes' se dessine... sa seule vue rassure, on se dit que le Zoo de Vincennes ne doit pas avoir tant changé : les souvenirs, vieux de trente ans, que l’on s’est pressé de raconter aux enfants vont être crédibles.
    Le soleil fait darder ses rayons sur les allées blanches, une foule jacassante et curieuse s’agglutine devant les vitres et autres espaces réservés à la vue des animaux sauvages. Le parcours se déroule selon cinq zones géographiques dites 'biozones' : La Patagonie, Le Sahel-Soudan, Madagascar, La Guyane et l’Europe. Naturellement réfractaire à toutes formes 'd’enfermement du vivant', je suis vite convaincue par le grand espace attribué à chacun des animaux, et, à l’attention toute particulière donnée à la scénographie environnementale du lieu. Il est probable que les nouveaux locataires de Vincennes doivent se sentir à leur aise. Mais ce jour là, beaucoup d’entres eux n’ont pas encore eu le temps de s’habituer à leurs nouveaux territoires, certains préfèrent rester cachés aux yeux de cette faune urbaine dont les râleries sont reconnaissables par le 'caractère endémique' de leur espèce. 
    Cette première visite est un succès, je compatis de tout cœur à la frayeur des otaries qui préfèrent rester à l’abri de leur grotte.nero le lion,parc zoologique,zoo de vincennes

    Plus de 1000 animaux, 180 espèces différentes dont certaines cohabitent, peuplent ces 15 hectares. Les addax et les oryx algazelles sont un peu orgueilleux, ces sortes d’antilopes triomphent de leurs cornes annelées. Nero le lion, observe, ses soigneurs lui ont promis l’arrivée prochaine de trois femelles, il patiente, étendu sur son rocher chauffé comme un fauteuil de voiture luxueuse. 

    nero le lion,parc zoologique,zoo de vincennesPas très loin, seize girafes d’Afrique de l’ouest, élégantes, les gardiennes des lieux se sont parées de faux cils extravagants, leur chic contraste avec la quarantaine d’affreux culs roses de ces antipathiques babouins de Guinée au regard torve. On envie les barbotages des manchots de Humbolt qui s’ébattent dans les eaux d’un bassin bleu émeraude en forme d’amphithéâtre. La grande serre est un refuge tropical, une sorte de jungle civilisée où serpents et autres raretés vénéneuses sont bien gardés. Des palmes, fleurs et lianes accueillent des oiseaux extraordinaires dont les plumages colorés rivalisent avec les teintes des orchidées. Une meute de loups d’Espagne ravive l’imagination des enfants et gomme par sa beauté, sa puissance et la douceur apparente de sa fourrure, toute la terreur inspirée par les contes. Ravie de retrouver un des plus bouleversants mammifères qui soit, je me surprend, écrasée contre la vitre, à souhaiter croiser le regard du tendre lamantin…

    parc zoologiqueDepuis 1934, le Muséum National d’Histoire Naturelle poursuit sa mission avec le nouveau Parc zoologique en termes scientifiques et pédagogiques et selon un esthétisme raffiné. Le charme des années 30 subsiste malgré les 27 mois de travaux qui ont été nécessaires. Artistes, ingénieurs, architectes, jardiniers, techniciens et artisans ont laissé place aux vétérinaires, éthologues, soigneurs, concepteurs et médiateurs pédagogiques, afin de jongler au mieux entre une cohérence esthétique, le bien être des animaux et l’accueil du public.

    nero le lion,parc zoologique,zoo de vincennesUn attrait supplémentaire a retenu toute mon attention : les arbres. Le parc est autant zoologique que botanique. Des jeux de perspectives intéressants rythment l’espace, un vrai travail artistique en somme puisqu’il s’agit de copier la nature. L’effet est garanti. 870 Espèces végétales ont entamé leur course vers le ciel, les troènes, érables, chênes, noisetiers et sorbiers ne semblent pas se méfier des cordylines, bananiers, palmiers, savonniers et autres arbres encore plus exotiques bien décidés à gagner du terrain. La plantation des espèces est multiple et précise, elle s’harmonise par de savants voisinages. D’ici deux ou trois ans, il faudra s’armer d’un coupe-coupe pour visiter l’endroit ! La surface arbustive du Parc zoologique a été augmentée de 40 %, il est à souhaiter que cet effort botanique soit contagieux au reste de la capitale, sa tutrice, puisque le terrain sur lequel il est situé appartient à la Ville de Paris.

    Laurence Caron-Spokojny

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  • N’en doutez-plus, l’opéra est un art populaire, rendez-vous à la MC93 de Bobigny pour Don Giovanni

    don giovanni,christian schirm,opéra national de paris,atelier lyrique,mc93 bobigny,christophe perton,mozart,barbara creutz,tiago matos,armelle khourdoïan,elodie hache,andriy gnatiukIls sont beaux, ils sont jeunes, ils sont comédiens et ils ont de belles voix : il ne s’agit absolument pas du teaser de la prochaine comédie musicale du Palais des Sports mais de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris ; pour sa septième production, « Don Giovanni » est présenté sur la scène de Bobigny. 

    don giovanni,christian schirm,opéra national de paris,atelier lyrique,mc93 bobigny,christophe perton,mozart,barbara creutz,tiago matos,armelle khourdoïan,elodie hache,andriy gnatiuk« L’Opéra national de Paris propose un programme pour donner à des jeunes chanteurs et à des pianistes-chefs de chant en début de carrière les meilleurs atouts pour réussir dans leur vie professionnelle »,
    Christian Schirm, Directeur de l’Atelier Lyrique. 

    Hier soir, à la MC93 Bobigny, les jeunes artistes de l’Atelier Lyrique ont été à la hauteur de cette exigence. Sur scène, l’atmosphère dégage un véritable esprit de troupe - cela est rare, pour ne pas dire inexistant lorsqu’il s’agit du répertoire lyrique - la jeunesse des chanteurs et leur travail commun, au sein de l’Atelier Lyrique, semble éveiller un nouvel, et heureux, engagement, aussi bien musical que théâtral. 
    Pour ce Don Giovanni en italien, certains chanteurs se distinguent, selon l’alternance de la distribution, c’est le cas d’Andriy Gnatiuk  par sa très belle voix de basse à la diction impeccable, il est Leporello, le valet de Don Giovanni, il fait preuve d'un talent de comédien tout aussi remarquable. Le jeune ukrainien fera ses premiers pas sur la scène de l’Opéra Bastille, en janvier 2015, dans Ariane à Naxos selon la mise en scène de Laurent Pelly, à suivre… Tiago Matos est un beau Don Giovanni, tout à fait crédible, il est aux côtés d’une Donna Elvira, Elodie Hache, à la carrière déjà très affirmée, dont la voix et la présence révèlent une puissance digne des plus grandes sopranos. Différemment, Zerlina proposée par Armelle Khourdoïan est, elle, tout en nuances et en couleurs, elle est aussi excellente comédienne et sa fraîcheur est ravageuse.

    Wolfgang Amadeus Mozart a fait fi de tout enchaînement dramaturgique logique, la musique est seule guide, les pages musicales se déroulent comme des frises  dans un rythme étourdissant. Pour maîtriser cette course effrénée de notes qui tente d’être rattrapée par l’histoire de Lorenzo Da Ponte, le metteur en scène, Christophe Perton, a dessiné un large espace d’expression, à la façon d’un terrain de jeux, il semble que ce soit le fond d’une piscine. Les chanteurs évoluent dans un univers souhaité « contemporain » qui se scande par des claquements de portes, rien de très nouveau en somme ; ceci, malgré un intéressant travail vidéo, projeté sur le fond du décor, il s’agit d’une création extrêmement forte, Barbara Creutz en est l’auteure. Et puis, il y a ce regrettable parti pris de faire chanter les interprètes le visage non éclairé, il est temps que cette mode cesse...  

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    "Lorsqu’on vient d'entende un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui."  Sacha Guitry

    Richard Wagner qualifiait Don Giovanni comme étant «l’opéra des opéras»… Mon propre et humble « top-Mozart » ferait passer devant cette première place Les Noces de Figaro, ou bien, La Flûte Enchantée, mais tout ceci est finalement une question d’humeur ou de saison. Dans « Don Giovanni » l’écriture vive du compositeur est d’une créativité telle qu’elle atteint une sorte d’émerveillement absolu, notamment à la fin du deuxième acte, l’entrée du Commandeur soutenu par ce chœur de basse, est une partition d’une beauté parfaite, une extase. L’Atelier Lyrique, les musiciens de l’orchestre-atelier Ostinato sous la baguette d’Alexandre Myrat et la Maîtrise des Hauts-de-Seine constituent un ensemble qui témoigne d’une  interprétation pour laquelle la complexité et la richesse incroyable des notes ne sont pas des obstacles, la légèreté et l’extravagance du propos sont admirablement bien retranscris.

    La musique et le livret romantique à souhait de Don Giovanni, et, la jeune équipe d’artistes choisis, servent une production d’un très remarquable niveau d’exigence. La MC93 Bobigny est aux portes de Paris, le prix des places est accessible (9 à 29 euros) et une navette gratuite est proposée en direction de la capitale à la fin du spectacle ; ainsi, les moyens sont réunis pour donner accès à cette musique universelle. L’art lyrique est, à la MC93 Bobigny, un art définitivement populaire.

    Laurence Caron-Spokojny

    photos © Cosimo Mirco Magliocca

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  • GHOST TRACK au Théâtre Claude Lévi-Strauss, Musée du Quai Branly

     

    iwan gunawan,kyai fatahillah,ghost track,leineroebana dance company,harijono roebanaAvant, hier soir, je ne connaissais pas encore le Théâtre Claude Lévi-Strauss. Heureuse découverte. Après avoir traversé les jardins du Musée du Quai Branly, il faut entrer dans l’enceinte du Musée et s’enfoncer dans ses entrailles. Ici, une salle de plus de 400 places propose des banquettes de cuir brun face à une large scène. Concerts, projections, conférences et spectacles, l’espace est très occupé, on y parle de singularité, de métissage, de tradition mais aussi de techniques contemporaines et de nouveaux langages. «Danse au Quai Branly» est donc une première approche, et GHOST TRACK de la «LeineRoebana Dance Company»  arrive en ouverture de ce cycle printanier.

    Harijono Roebana et Leine Andrea dirigent cette compagnie de danse néerlandaise. Les origines indonésiennes du chorégraphe Harijono Roebana ont trouvé leur écho au travail du compositeur indonésien Iwan Gunawan, directeur de l’ensemble de gamelan contemporain et de l’ensemble Kyai Fatahillah.

    Cinq danseurs néerlandais et trois danseurs indonésiens confondent leur maîtrise du geste, soutenus par sept musiciens indonésiens entourés par leurs instruments traditionnels. L’ensemble est une réussite. Les musiciens entament chants sensuels, cris étranges, percussions envoûtantes et mélodies suaves selon d’astucieux mélanges, la musique contemporaine puise sans détour dans le répertoire traditionnel des éléments, fastes ou minimalistes, nécessaires à son existence. Dans la veine des contemporains Steve Reich ou Philip Glass, la création musicale assume sa contemporanéité autant que la création chorégraphique. En fait, l’un ne va pas sans l’autre.

    Les danseurs déroulent une chorégraphie inventive, l’empreinte de la danse est bien celle du nord, Mats Ek et Pina Bausch veillent ; mais la courbure des mains et des pieds, les équilibres complexes et les regards farouches des danseurs sont inspirés du théâtre d’ombres, des danses rituelles ou des danses guerrières javanaises.

    L’ensemble porté sur la scène du Théâtre Claude Lévi-Strauss est mue par une énergie forte, les danseurs se jettent littéralement sur scène. La danse répond à la musique, une conversation tout à fait naturelle s’est engagée. Les décors et les lumières participent à l’échange, même l’intervention d’une chanteuse, à l’allure kitchissime à souhait, ne parvient pas à troubler le voyage. Les histoires fantasques racontées par les danseurs indonésiens se nouent intimement à l’expression intuitive et radicale des danseurs néerlandais ; le langage corporel et l’intention musicale atteignent une sorte d’universalité, aboutie, et c’est là certainement le souhait révélé par le Musée du Quai Branly, Musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques.

    Laurence Caron-Spokojny

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  • La civilisation des Hommes libres représentée par les « Femmes berbères du Maroc » à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent…

    femmes berbères du maroc,claude lefébure,fondation pierre bergé - yves saint laurent,laurence caron-spokojnySi l’envie démesurée d’un voyage à Marrakech se fait sentir, le besoin de poursuivre son initiation au raffinement de la botanique méditerranéenne, de se perdre dans de fraîches allées, d’écouter le bruissement léger d'une forêt de bambous ou de suivre l’ondulation savante d’un cours d’eau, …  Une visite du Jardin Majorelle s’impose. La terre et tout ce qui émane d’elle, arbres, fleurs et fruits, et, le bleu, la couleur de la lumière, justement la couleur, celle qui recouvre en partie notre Terre et qui permet de la distinguer parmi les astres… Alors que Marrakech la rouge crépite de mille feux, l’oasis serein offert par le Jardin Majorelle, le plus beau jardin qu’il m’ait été donné de voir, abrite l’atelier du peintre, Jacques Majorelle, si élégamment transformé en un musée (1) dédié à la civilisation berbère.

    femmes berbères du maroc,claude lefébure,fondation pierre bergé - yves saint laurent,laurence caron-spokojnyPour préserver cette collection, l’enrichir et la faire vivre, Pierre Bergé choisit de la faire voyager, en partie, jusqu’à Paris. Avenue Marceau, la Fondation accueille ces «Femmes berbères du Maroc» jusqu’au 20 juillet 2014. La rencontre est émouvante, elle met en perspective l’universalité du rôle de la femme, garante de toutes formes de civilisations, et puis ce patrimoine commun à tous les marocains qui s’étend aux confins du Maghreb oriental à l’Egypte.

    Les couleurs vives des tapis et tissages qui ornent l’exposition contrastent avec la neutralité de la terre rouge des poteries. Sous de lourds costumes de toiles de coton aux teintes douces se dévoilent des beautés nobles et farouches peintes par Titouan Lamazou. Pour cette occasion, les plus belles parures d’argent, de corail et d’ambre sont exposées comme autant de créations sophistiquées de leur (éternel) protecteur Yves Saint Laurent ; le maître veille, assurément.

    La culture et les traditions des Imazighen, l’indépendant et résistant peuple berbère, traversent les siècles et cette exposition en témoigne par la voix de ces femmes. Après la chaleureuse scénographie de l'exposition, l'intérêt reste éveillé par le parcours du très beau catalogue (Artlys), et si cela ne suffit pas un voyage au Maroc semble tout à fait indiqué… irrésistible.

    Laurence Caron-Spokojny

    (1) dans le Jardin Majorelle de Marrakech, le musée berbère a ouvert ses portes en 2011.

    crédit photo : Femmes ist Yazza (Aït Hadiddou) vêtues de l’ahendir (mante)  © Claude Lefébure

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  • « La beauté de Rome ne répondait pas à la majesté de l'Empire (...). Il l'embellit tellement, qu'il se vanta avec raison d'avoir trouvé une ville de briques et laissé une de marbre» - Moi, Auguste, Empereur de Rome au Grand Palais.

    auguste-affiche.jpgVoici deux mille ans, à l’âge de 75 ans, l’empereur Auguste quittait ce monde. La Réunion des Musées Nationaux, plus précisément Le Louvre et Les musées du Capitole de Rome ont mis en scène, dans les salles des Galeries nationales du Grand Palais, le long règne du premier empereur romain de l’Histoire, Octave dit Auguste.

    Neveu et fils adoptif de Jules César, Caius Octavius Thurinus souhaite venger l’assassinat de César. C’est donc dans un climat de guerres civiles que le jeune Octave débride peu à peu son ambition. Dix sept-ans après le premier triumvirat (César, Pompée et Crassus), Antoine, Lépide et Octave se partagent le pouvoir pendant dix ans jusqu’à la bataille navale d’Actium et la conquête de l’Egypte (qui poussera Antoine et Cléôpatre au suicide). Après ces victoires, en 27 av. J.C., le Sénat proclame Octave : Augustus (vénérable, consacré), il est alors le premier empereur romain.

    Statue-Augustus.jpgTrès habile stratège, Auguste prend grand soin de maintenir en apparence la restauration de la République afin de ne pas éveiller les soupçons d’un possible souhait de royauté. Le règne d’Auguste est un règne de paix : il adapte la politique de Rome aux coutumes des territoires qu’il a conquis, et lorsqu’il ne parvient pas à en conquérir de nouveaux, Auguste met en œuvre des alliances… L’Empereur s’invente sa propre communication, il multiplie ses représentations, ce sont des bustes, de la monnaie frappée à son effigie, des camées délicats, des statues de marbre, des peintures, de l’argenterie… Son ami Mécène, jugé très excentrique, lui inspire l’idée d’attirer les plus grands artistes, et, de faire rivaliser la production artistique de l’Empire à travers le monde. Properce, Virgile et Horace sont d’excellents ambassadeurs de leur protecteur. Les amours, mariages et liaisons adultères, de l’Empereur sont aussi des outils politiques autant que les spectaculaires monuments publics qu’il fait s’élever dans Rome.

    En sept parties, l’exposition suit une chronologie extrêmement nette, les œuvres présentées sont des archétypes nécessaires et indiscutables de l’histoire qui nous est contée. Les arts et coutumes, l’architecture, les bijoux, les pratiques funéraires, rien n’échappe à la juste illustration des quarante années de règne d’Auguste. Comme autant de preuves de passions déchaînées, de conquêtes héroïques, de guerres sanglantes, de complots politiques, et enfin de paix, cette Rome continue à être totalement fantasmée. Mais pour cette fois, "MOI, AUGUSTE, EMPEREUR DE ROME" retrace l’histoire d'un homme, non pas des moindres, lors d'un parcours très instructif, absolument passionnant, et se tenant certainement au plus près de cette époque !

    Auguste est donc un homme à suivre jusqu’en juillet 2014, il est également accompagné d’une programmation culturelle extrêmement riche (films à l’auditorium, colloques, rencontres, ateliers … ). Les informations sont sur le site du Grand Palais.

    Laurence Caron-Spokojny

     

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  • La mécanique des fluides selon Bill Viola au Grand Palais

    billviola_cequiestremarquable.jpgLes expositions au Grand Palais se suivent et ne se ressemblent jamais. Lorsqu’il s’agit enfin de présenter le travail de Bill Viola, le Grand Palais se fait humblement oublier pour fondre le visiteur-voyageur dans l’univers multidimensionnels de l’artiste vidéaste.

    A l’heure du numérique, et autres technologies dont on ne cesse de nous rabattre les oreilles et de nous brouiller la vue, Bill Viola remet les choses en perspective : les bonnes perspectives. La technologie reprend son rôle premier, elle est un « outil », et c’est heureux. L’Art occupe l’espace, il naît sous l’impulsion humaine. Et, c’est en effet du domaine de l’Humain dont il s’agit. Nos pas se font précieux, ce matin là dans les allées du Grand Palais, comme guidés par la lumière, un parcours initiatique…

    Selon Bill Viola : « Le paysage est le lien entre notre moi extérieur et notre moi intérieur ». Qu’il soit terrifiant ou époustouflant de beauté, l’horizon dans lequel nous plongeons notre regard nous renvoie toujours à nos propres émotions, comme un effet de miroirs… inévitable.
    Cette sensation d’appartenance à la nature est omniprésente, la vie humaine épouse les éléments dans un cycle  sans fin. A sa convenance, l’eau donne la vie et la reprend ; avec le feu, les deux éléments sont des alliés, et de puissants frères ennemis qui n’ont de cesse de rythmer la vie. Le temps s'égrene, des hommes et des femmes le traversent, imperturbables, un bateau chargé quitte la rive. D'autres, des sensations aquatiques ou brûlantes, créent des images et subliment des sons, l’atmosphère est transformée, le passage d’une œuvre à l’autre se fait dans une sorte d’apesanteur.

    Comme des insectes nocturnes, nous sommes attirés par le scintillement de la lumière, tour à tour réduits ou grandis par nos sens désormais totalement en éveil. Les enfants courent, l’obscurité ne les impressionne pas le moins du monde, ils s’assoient en tailleur sur la moquette sombre et assistent au spectacle de la vie proposé par Bill Viola avec toute la candeur dont ils sont capables. Chacun en prend pour son grade, il faut s’abandonner. Vraisemblablement, il y a autant de lectures à la proposition artistique de Bill Viola qu’il y a d’Hommes sur Terre.

    Comme après une longue méditation, un harassant bain de mer, une crise de larmes ou de fous rires, une marche sous la pluie, une colère, un sommeil profond ou une déclaration d’amour, il y a ce vide infini qui a dénoué nos muscles et libéré notre esprit, Bill Viola aurait pu être un Maître Zen... Puis, le silence fait place à quelques propos éblouis. Ce bel enthousiasme reste pourtant mesuré, chacun protège ses sentiments avec pudeur. Le voyage dans lequel Bill Viola nous a transporté a touché une part d’intime pour laquelle il est très difficile de témoigner. Seule, reste en commun, la vision du monde de Bill Viola, elle nous rappelle à quel point nous sommes ici de passage, le passage d’un état à un autre, très court...

    Laurence Caron-Spokojny

    Bill Viola à l'Opéra Bastille en avril 2014

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  • Entre création et répertoire, Sa Majesté audacieuse...: la saison 2014-2015 de l'Opéra national de Paris, en scène !

    cequiestremarquable chagall.jpgL’Opéra national de Paris a démarré ce mois de mars sur les chapeaux de roues. Une nouvelle étoile, Amandine Albisson, a été nommée, ce mercredi 5 mars par Brigitte Lefèvre, à l’issue de la représentation du ballet Onéguine (chorégraphié  en 1965 par John Cranko). Ce même soir, le futur directeur de la danse, Benjamin Millepied, qui succède dès la saison prochaine à Brigitte Lefèvre, proposait, au Théâtre du Châtelet, sa toute récente création L.A. Dance Project 2. Puis, ce vendredi 7 mars, l’AROP (l’Association pour le Rayonnement de l’Opéra de Paris) est venue -soutenue par l’équipe artistique de l’Opéra (Brigitte Lefèvre pour la danse, et, Christophe Ghristi pour le lyrique et les concerts)- présenter la saison à ses adhérents, autrement dit aux Amis de l’Opéra ; ce soir là, j’en faisais partie…

    aropcequiestremarquable.jpegL’AROP soutien l’Opéra national de Paris, en termes de mécénat, depuis plus de trente ans avec un réel investissement et une grande énergie. Cet engagement, sans cesse renouvelé, concerne aussi un programme pédagogique remarquable : Dix mois d’Ecole et d’Opéra. Selon le Président de l’AROP, Monsieur Jean-Louis Beffa : « Il est essentiel que l'Opéra ne s'adresse pas qu'à une élite. D'où les actions en direction des enfants défavorisés, à priori éloignés de cette offre culturelle. Élargir l'Opéra au grand public est une de nos actions prioritaires ». Et, cette action est devenue essentielle. Destiné à offrir aux élèves (des Académies de Paris, Versailles et Créteil) une égalité de chance dans des lieux où l’éducation a un rôle plus que salvateur, ce programme permet de donner accès à l’Art et à la culture sur de nouveaux  territoires. Par la pratique d’une discipline artistique, la rencontre, ou tout simplement par le simple fait d’assister à un spectacle, l’action engagée permet d'étendre l'horizon, et de libérer «la possibilité de» si nécessaire à la compréhension du monde. Pour l’heure, la volonté est d’inscrire cette action dans un contexte national par un partenariat avec les Opéras et Académies de Nancy et de Reims, un nouveau festival est attendu en 2015, à suivre…

    Pour sa dernière saison, Brigitte Lefèvre, après avoir mené la danse pendant 20 ans (un record historique) du plus exigent Ballet du monde, a présenté  son programme avec une belle émotion, tout en retenue, une passion, intacte, toujours très communicative : 
    Les trois coups du brigadier se feront entendre dès le 1er septembre 2014 à Garnier par l’invitation de la Compagnie de (la déesse) Pina Bausch le Tanztheater Wuppertal, plus tard en janvier 2015, une seconde Compagnie invitée s’installera à L’Opéra : Le Ballet de Suède. Deux pièces à la marque indélébile de (mon adoré) William Forsythe au répertoire du Ballet, et le si gracieux Etudes de Harlad Lander à Garnier seront suivis par la musique de Steve Reich adroitement mêlée aux pas dictés par Anna Teresa de Keersmaecker et son « Rain ». 

    lacroix, la source cequiestremarquable.jpgLe grand écart entre le contemporain et le classique sera, comme à son habitude, dès plus acrobatique, autant pour les danseurs que pour les agendas. La silhouette élégante de Rudolf Noureev ne cessera de hanter les cintres de l’Opéra (Bastille pour cette fois), lorsque les fêtes de fin d’année seront célébrées au rythme de son tendre et féerique Casse-Noisette - à cette occasion aura lieu la matinée Rêve d’Enfants. A noter aussi, pour faire venir le printemps, le mythique Lac des CygnesLa Source de Jean-Guillaume Bart, et le magistral décor d’Eric Ruf coloré par le faste des costumes de Christian Lacroix, se fondera à merveille entre les velours rouges de Garnier.

    Ecole-de-danse-de-l-opera-de-paris_stage-ete-2012.jpgPour leurs réalisations contemporaines, Garnier accueillera deux nouvelles créations celle de Pierre Rigal pour «Salut», entouré par le talent de Nicolas Paul et une pièce d’Edouard Lock. Puis, Maître John Neumeier signera, dès février 2015, Le chant de la terre, l’œuvre promet d’être profonde et évocatrice, l’inspiration du chorégraphe éveillée par la musique de Gustave Malher offrira au chant une place intéressante. Toujours dans l’excellence, Elisabeth Platel présentera Les Démonstrations de l’Ecole de Danse en avril.

    LesEnfantsDuParadisProgramme.jpgL’Histoire de Manon et les adieux d’Aurélie Dupont chargeront d’émotions l’atmosphère de Garnier. Suivront le poétique 'Paris disparu' des Enfants du Paradis de José Martinez, et, la reprise de L’Anatomie de la sensation de Wayne McGregor, ce dernier ballet clôturera la saison avec l’Ensemble Intercontemporain.

    Après ces nombreux pas, voici quelques justes notes... Philippe Jordan domptera, de septembre à juillet, pas moins de neuf Symphonies de Beethoven. Alors que l’Amphithéâtre proposera des Rencontres plus intimistes avec le Ballet, et les Convergences ingénieuses de Christophe Ghristi. Le Festival d’Automne consacrera un cycle aux œuvres de Luigi Nono, et Rameau prendra possession de Garnier en s’y exposant pour l’hiver. Sous la direction de Christian Schirm, l’Atelier Lyrique lancera de nouvelles productions et une création : Maudits les innocents, en décembre.

    La Traviata mise en scène par Benoît Jaquot et la voix formidable de Dimitri Hvorostovsky, puis une nouvelle production du Barbier de Séville, et, l’ardente Tosca de Béatrice Uria-Monzon dans une toute nouvelle production, s’installeront à Bastille.

    Ce sera ensuite la découverte de l’Enlèvement au Sérail de Zabou Breitman, les accents fervents de Puccini selon la mise en scène de Jonathan Miller pour La Bohème, le légendaire Don Giovanni de Michael Haneke, le retour de Karita Mattila dans Ariane à Naxos, et l’absolue pureté Wilsonienne de Pelléas et Mélisande. Michel Plasson voyagera entre Bastille à Garnier, en mars et en avril, pour la direction musicale de Faust et Le Cid. Robert Carsen fera entrer une lumière incomparable sur la scène de Bastille avec Rusalka de Dvorak et La Flûte enchantée, en avril et jusqu’en juin.

    alceste-cOpéra-national-de-Paris-Agathe-Poupeney-728x485-620x413.jpgIl est à remarquer, une œuvre lyrique inattendue, Le Roi Althus de Chausson, qui précédera l’Alceste d’Olivier Py dans les décors éphémères de Pierre-André Weitz. Enfin, la somptueuse Angela Gheorgiu fermera la grande maison pour l’été dans le rôle de Adriana Lecouvreur de Cilèa.

    Il est aisé de constater que cette énumération n’est pas exhaustive, la composition de la saison de l’Opéra national de Paris est encore bien plus riche et bien plus haute en couleurs. Ainsi, 2014/2015 est la promesse d'une saison brillante pour accueillir l’arrivée de Stéphane Lissner et Benjamin Millepied, ce nouveau duo artistique fera ses premiers pas sur une terre déjà fertile.

    Aujourd’hui, il est à souhaiter que le souffle de contemporanéité absolue - qui a été projeté par la fine intelligence de Gérard Mortier (1), sur la scène de l’Opéra Bastille, pour Tristan et Isolde (2) de Wagner dans une mise en scène de Peter Sellars et argumenté par l’art maîtrisé de Bill Viola - soit un exemple pour tous et n’ait de cesse de créer des passerelles entre les arts.

    Laurence Caron-Spokojny

    1. Gérad Mortier est décédé le 9 mars 2014, il fut Directeur de l’Opéra national de Paris entre 2004 et 2009

    2. Cette œuvre sera reprise en avril 2014 et sera dédiée à Gérard Mortier.


    Entretien avec Philippe Jordan : Tristan und... par operadeparis
     

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  • ...il reste quelques jours pour aller voir l'exposition Jean Marais à Eléphant Paname

    jean marais,elephant panameL’exposition "Jean Marais" proposée entre les murs d’Eléphant Paname s’intitule «L’histoire d’une vie». La vie telle qu’elle est racontée, celle qui est vécue avec toute son universalité : son injustice, ses coups de grisou et ses coups de chance. Et, c’est le cas pour Jean-Alfred Villain-Marais ; l’homme, loin d’être destiné au départ à une vie aussi artistiquement riche, laisse entrevoir par ses traces et objets intimes (lettres bouleversantes, mots touchants, passions griffonnées, déclarations hâtives, œuvres picturales inachevées ou accomplies, modelages patients, photos intimes et célèbres…) à quel point il était fait pour déchaîner les passions et faire vibrer les émotions, les attirer, les remuer et aussi les transformer. Jean Cocteau ne s’y est pas trompé... Lire l'article

     

     

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  • Gauthier Fourcade, dernière le 16 mars : dépêchez-vous !

    Gauthier Fourcade,comédie bastilleGauthier Fourcade à l’allure d’un Géo Trouvetou, le funambule s’élance sur la piste et tient l'équilibre pendant plus d'une heure et demie ; en dadaïste  averti, il jongle avec les mots, déroule sur la scène de la Comédie Bastille de fumeuses théories, et, entrelace jargon éclairé et complots linguistiques…

    Dans une mise en scène de François Bourcier, et, soutenu par la plume de Marc Gelas, "Le secret du Temps Plié" est un voyage aux confins de l'univers...
    drôle, sensible et savant ! 

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  • Génial ! L’« Etat de siège » d’Albert Camus au Théâtre de Poche-Montparnasse

    albert camus,état de siège,simon-pierre boireau,claire boyé,victoria,benjamin broux,céline espérin,adrien jolivet,antoine seguin,juliette prillard,théâtre marigny,jacques puisais,vincent léger,charlotte rondelez,poche-montparnasseAu lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en 1948, Albert Camus propose un nouvel écrit L'Etat de siège dont le caractère, universel et intemporel, raisonne encore. Il s’agit du déroulé schématique et froid qui précède, établi, entretient et finalement laisse s’écrouler -pour mieux renaître ailleurs- les rouages de la dictature. En référence à Pétain ou Franco, Camus dénonce le fléau du nazisme (entre autres) et l’installe dans une logique implacable.

    Nous entrons dans un monde où «rien ne bouge», «tout va bien» en apparence, jusqu’au jour où La Peur vient bouleverser ce trompe-l’oeil moral et sociétal. La confusion est un terrain propice pour y faire naître ses valeurs : l’asservissement, l’obscurantisme et surtout la manipulation de l’opinion et des esprits mènent enfin à la résignation ; tout puissant Le Mal règne. 

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    L’Etat de siège fut créé en 1948 au Théâtre Marigny selon une mise en scène de Jean-Louis Barrault, sur une musique d’Arthur Honegger, des décors et costumes de Balthus, et, avec une distribution toute aussi ahurissante : Jean-Louis Barrault, Madeleine Renaud, Maria Casarès, Jean Desailly, Simone Valère, Pierre Brasseur, Pierre Bertin ... 

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    Au Théâtre Marigny, la pièce s’était installée pour trois heures, vingt-cinq comédiens dans des décors magistraux ; sur la scène du Poche-Montparnasse, six comédiens tiennent Etat de siège en moins d’une heure trente dans des décors de «poche».

    Il m’est hélas impossible de comparer les deux versions, celle de 1948 et celle d'aujourd'hui, mais il est aisé de constater que les procédés artistiques mis en place pour cette adaptation, avec les décors de Vincent Léger, les marionnettes de Juliette Prillard et la lumière de Jacques Puisais, s’accordent aux mouvements sénographiques et aux choix musicaux avec une rare efficacité. A tambours battants, les comédiens se jettent sur scène avec passion. L’esprit de troupe rafraîchissant gomme quelques inégalités de jeu, notamment lorsque le jeune Adrien Jolivet lance quelques tirades dos au public (?), mais Antoine Seguin (dans les pas de Pierre Brasseur) mène avec force la joyeuse équipe, et, les comédiens et comédiennes servent brillamment le texte en se partageant énergiquement et adroitement les rôles.

    Le sujet est grave, impitoyablement contemporain, et pourtant le génie infini de Camus le fait user de toutes les techniques théâtrales possibles, de la farce au mélodrame, rien ne lui échappe. C’est ainsi que le Théâtre retrouve sa fonction première, souvent oubliée dans nos salles : « la distraction », le divertissement, et cela la metteur en scène Charlotte Rondelez l’a très bien compris pour cette version au Poche-Montparnasse. Cette adaptation est bourrée d’inventions, tout en perspective, le décor proposé est ingénieux et offre un territoire d’expression transformable. Le ton, radicalement burlesque et savoureusement déjanté, permet de ratisser un large registre d’émotions. La bienveillance et la cruauté se côtoient au plus près de notre Humanité ; avec cette pièce, Albert Camus nous rappelle, à nouveau, et, à quel point, il demeure le plus grand des auteurs.

    Etat de siège est un divertissement intelligent et un instant délicieux à partager. Je préconise de s’inspirer de son propos, tant il respire la créativité, afin de nous rappeler, si justement, qu'il ne faut jamais abandonner la lutte ! Résistez.

    Laurence Caron-Spokojny

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  • Fureur au Théâtre de l'Essaïon : une rage terriblement drôle !

    fureur,theatre essaion,victor haïm,stéphanie wurtz,benjamin bollenLa musique classique est un art qui s'approche du divin, et ceux qui tendent à la maîtriser peuvent parfois se considérer comme des sortes de divinités… 
    C’est le cas pour le  Maestro crée par Victor Haïm, formidablement interprété par Benjamin Bollen et astucieusement mis en scène par Stéphanie WURTZ, les lundis soirs sous la voûte (céleste pour cette fois) du Théâtre Essaion.

    Les musiciens d’orchestre sont un genre d’artistes à part… La formation en orchestre leur permet de faire corps afin de défendre leurs droits, dans un théâtre, ou bien face à un chef d’orchestre trop exigeant. Ce soir là, le chef d’orchestre a dépassé les bornes, et ses musiciens, syndiqués pour la plupart, ont décidé de le virer, le vote s’est prononcé à l’unanimité sauf une voix.

     

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  • Pour ne plus jamais avoir peur de la nuit : le Muséum National d’Histoire Naturelle dévoile quelques secrets nocturnes…

    Dans l’écrin du Jardin des Plantes de Paris, entouré par les serres, galeries scientifiques, cabinets de curiosités et autres démonstrations paléontologiques, botaniques ou zoologiques, le Muséum National d’Histoire Naturelle entretient un rapport très privilégié avec le monde de l’imaginaire, parfois même de l’invisible… En cela, l’exposition « Nuit » est une sorte de consécration, le mystère est sondé dans ses recoins les plus obscurs. Et, c’est dans cet univers nocturne que le parcours de l’exposition est engagé.

    nuit,muséum national d'histoire naturelle

    Le chemin est précis, autant que les petits cailloux blancs semés par le Petit Poucet, il n’est pas question de s’y perdre mais plutôt de s’y laisser embarquer à la manière de Peter Pan qui tire les enfants hors de leur lit pour un voyage dans la nuit étoilée. La voûte Céleste et ses précieuses explications ludiques et didactiques sont là pour nous indiquer la route à emprunter. De très beaux animaux, comme seules les collections zoologiques du lieu savent les représenter, croisent des insectes rares et discrets alors que le sol se jonche de météorites précieuses. Un vol de chauve-souris effraie un instant, s’il se compare à l’ombre de la cape du Comte Dracula, pour finalement se révéler tout à fait inoffensif. Ici, tout est poésie, enchantement et découverte, seule la pollution lumineuse créée par l’Homme constitue la véritable menace…

    Le MNHN gomme définitivement la frontière qui subsistait peut être encore entre la science et le domaine de l'imaginaire : les deux avancent ensembles et se répondent. Le mystère éveille l’imagination, stimule l’esprit et la curiosité, aussi bien pour les enfants que pour les adultes.
    Entre ses murs, le Muséum National d'Histoire Naturelle participe une nouvelle fois à faire rayonner la nature selon un décryptage scientifique… fascinant !  
    Laurence Caron-Spokojny

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  • Les derniers jours de l'exposition "Living rooms" de Robert Wilson au Louvre

    louvre,robert wilson,marina bramovic,living roomsExposer son appartement dans les salons du Louvre est un privilège réservé au metteur en scène Bob Wilson. En 2008, Bob Wilson avait déjà mis en scène ses funérailles à la demande de l’artiste déjantée Marina Bramovic*, c’est dire à quel point la mise en scène ne supporte aucune limite pour Bob Wilson. 

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  • BRASSAI, jusqu'au 8 mars à l'Hôtel de Ville de Paris

    Brassaï

    Brassaï a le coup d’oeil infaillible, il ne rate rien. Il est un des premiers à remarquer l’importance des graffitis sur les murs de Paris, en les saisissant sur argentique il les fait entrer au panthéon de l’art primitif. 
    Observateur des tendances, l’élégance des parisiens et des parisiennes ne lui échappe pas, tout autant que l’allure élancée de la tour Eiffel sur un ciel voilé. La nuit, arpentant les rues de Paris,  il piège dans sa boîte le reflet du clair de la lune sur les pavés de granit, la courbe savante d'un pont de la Seine et la drôle de rencontre avec un gavroche à l'accent des faubourgs. Lire la suite ici

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  • « Hollywood » est un triomphe depuis deux saisons, après Daniel Russo, Samuel Le Bihan et Dominique Pinon, le Théâtre de la Michodière poursuit l'histoire avec Thierry Fremont, Pierre Cassignard et Emmanuel Patron.

    laurence caron-spokojny,théâtre de la michodière,daniel colas,françoise pinkwasser,hollywood,ron hutchinson,margaret mitchell,victor fleming,autant en emporte le vent,ben hecht,david o.selznick,jacques-emile ruhlmann,thierry fremont,pierre cassignard,emmanuel patronEntrer dans le hall du théâtre de la Michodière est déjà un voyage dans le Hollywood des années 30. La décoration précieuse, intacte jusqu’à ce jour, de Jacques-Emile Ruhlmann, ornée d’appliques stylisées, de moulures courbes et de lignes géométriques et de sa moquette graphique rouge et or, révèle ici la puissance esthétique des années Art Déco. On imagine aisément que la décoration du bureau du célèbre producteur de films David O. Selznick devait s’en approcher.

    laurence caron-spokojny,théâtre de la michodière,daniel colas,françoise pinkwasser,hollywood,ron hutchinson,margaret mitchell,victor fleming,autant en emporte le vent,ben hecht,david o.selznick,jacques-emile ruhlmann,thierry fremont,pierre cassignard,emmanuel patronL’enjeu est aux films en Technicolor ; en 1939, le tournage de «Autant en emporte le vent» est stoppé. David O. Selznick vire le réalisateur George Cukor et convoque Victor Fleming, déjà sous contrat pour «Le Magicien d’Oz». Pour une réécriture du script, du best seller éponyme de Margaret Mitchell paru trois ans plus tôt, David O.Selznick fait appel au talent du scénariste  Ben Hecht.

    Voici, Pierre Cassignard, Thierry Fremont et Emmanuel Patron pris dans un huit-clos délirant sur la scène d’un des temples parisiens du théâtre de Boulevard.

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    Faire un film a quelque chose de l’ordre de l’hystérie, une volonté farouche, et cela Ron Hutchinson, le dramaturge britannique, a su le décrire dans la composition de ses trois rôles essentiels : le producteur, le scénariste et le réalisateur. Les trois comédiens rivalisent de talent et leur joie de jouer ces personnages extravagants est communicative, le public est plié de rire. La mise en scène classique mais très efficace de Daniel Colas fait virevolter les comédiens, les artistes énergiques défoulent un jeu viril, nécessaire au propos. Les personnages ne se prennent pas au sérieux, ils doutent, et cette humanité désarmante parvient à s’exprimer dans un désordre débordant parfaitement orchestré.
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    Emmanuel Patron est tout aussi juste que Thierry Fremont qui, définitivement dingue, est si habité par son personnage qu’il se jette sur la scène dans un abandon magnifique ! Quant au rôle féminin (pas vraiment à son apogée) illustré par de charmantes  et très essentielles apparitions de Françoise Pinkwasser, dans le rôle de la secrétaire du producteur, rythment très subtilement l’enchaînement des scènes. C’est 1h40 de spectacle partagé dans la joie... Terrible !

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    La finesse du propos, ajoutée à la performance de ces très (très, très, très) grands comédiens, donne une vraie classe au parti pris burlesque de la pièce. Le théâtre de Boulevard affiche « HOLLYWOOD » au fronton du Théâtre de la Michodière en lettres de noblesse… pourvu que ce phénomène soit contagieux !

    Laurence Caron-Spokojny

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  • « Des fleurs pour Algernon » au Théâtre Hébertot, interprété par Grégory Gadebois : attention chef-d'oeuvre !

    image001.jpgCharlie Gordon est un jeune homme simple, il n’est pas bête, il est juste « simple ». Il travaille dans une usine dans laquelle il est chargé du nettoyage des toilettes. Régulièrement, deux de ses amis l’invitent pour boire un verre, ils le font boire pour se moquer de lui.

    A l’université Beekman, Charlie suit les cours de Miss Kinnian, il apprend à lire et à écrire avec une grande assiduité. Sa motivation extrême est remarquée par deux éminents professeurs qui lui proposent de démultiplier ses facultés intellectuelles par une intervention du cerveau totalement inédite. Cette intervention a déjà été réalisée sur une souris blanche, Algernon. Avant et après l’opération programmée, les scientifiques demandent à Charlie de noter, chaque jour, ses impressions sur un cahier… 

    Juste après Robert Hirsh (Le Père) et avant Michel Bouquet (Le roi se meurt), Grégory Gadebois est sur les planches du Théâtre Hébertot, et ce dernier est largement à la hauteur de ses voisins !

    Hier soir, Grégory Gadebois a englouti la salle entière dans les pages du journal intime de Charlie Gordon. Au départ, ce fut une nouvelle « Flowers for Algernon » écrite par David Keyes, publiée pour la première fois en 1959, et aussitôt récompensée par le Prix Hugo en 1960 ; puis en, 1966, l’histoire, transposée en roman, reçoit le Prix Nebula du meilleur roman (prix réservé à la Science fiction).

    image002.jpgL’adaptation de Gérald Sibleyras et la mise en scène d’Anne Kessler sont en tout point parfaites, résolument contemporaines, la part belle est faite à la magnifique présence du comédien et à la sincérité du texte. L’intense scénographie de Guy Zilberstein, les lumières ingénieuses d’Arnaud Jung et l’inventivité  sonore de Michel Winogradoff contribuent à offrir un écrin idyllique au jeu de Grégory Gadebois.

    Pour écrire ces lignes, j’avoue mon impuissance, je ne suis pas certaine de retransmettre ici  l’émotion incroyable ressentie dès les premiers mots prononcés par Grégory Gadebois jusqu’aux derniers, alors qu’ils retentissent encore… 

    La sensibilité brute révèle un travail, une recherche, de la part du comédien, incomparable. Le texte est oublié pour être éperdument incarné, Charlie Gordon prend vie d’entre les lignes de son journal intime. Il y a une juste mesure, respectée, et maniée avec la plus grande dextérité pendant 1h20 sans jamais faillir. Le comédien triture nos sentiments, il les fouille avec gourmandise avec la même aisance qu’un enfant plongé dans un sac de bonbon. La douce diction de Grégory Gadebois rythmée par sa gestuelle de virtuose ajoutent à la présence chaleureuse et intense du comédien. Pourtant, la pudeur est profonde, elle résiste, et l’angélisme du personnage fait fondre son auditoire. Le public est liquide, déplacé comme une marée, remué par une forte et indicible houle.

    Charlie Gordon s’introspecte méticuleusement avec les mots les plus simples, il observe ce double, absurde, une souris de laboratoire. La cruauté de l’humanité réside là dans ce rapport empathique bourré de tendresse, si bien décrit et si bien joué, entre un homme et une souris, ou bien entre un homme et lui-même. Et puis, il y a cet enjeu de l’intelligence qui se déploie avec arrogance pour dépasser l’affect ; le déséquilibre ultime, l’un ne va pas sans l’autre, son QI écrase toutes formes de sentiments, jugés inutiles… 

    « Des fleurs pour Algernon » est une parfaite fusion, absolue, entre un comédien et un texte. Et, trêve de bavardages, je ne saurai mieux vous l’exprimer ici que par ces mots : Au Théâtre Hébertot, « Des fleurs pour Algernon », interprété magistralement par Grégory Gadebois, est un chef-d’œuvre ! 

    Laurence Caron-Spokojny

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  • Le surréalisme et l'objet au Centre Pompidou

     

    30 octobre 2013 - 3 mars 2014, de 11h00 à 21h00Galerie 1 - Centre Pompidou, Paris

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  • A quelques pas de l’Opéra Garnier et de son fantôme, Jean Marais hante les étages de l‘élégant Eléphant Paname…

    L’exposition "Jean Marais" proposée entre les murs d’Eléphant Paname s’intitule « L’histoire d’une vie ». La vie telle qu’elle est racontée, celle qui est vécue avec toute son universalité : son injustice, ses coups de grisou et ses coups de chance. Et, c’est le cas pour Jean-Alfred Villain-Marais ; l’homme, loin d’être destiné au départ à une vie aussi artistiquement riche, laisse entrevoir par ses traces et objets intimes (lettres bouleversantes, mots touchants, passions griffonnées, déclarations hâtives, œuvres picturales inachevées ou accomplies, modelages patients, photos intimes et célèbres…) à quel point il était fait pour déchaîner les passions et faire vibrer les émotions, les attirer, les remuer et aussi les transformer. Jean Cocteau ne s’y est pas trompé.

    jean marais,éléphant paname,jean cocteau,laurence caron-spokojnyEn 1937, c'est la rencontre avec Jean Cocteau, à sa suite Les parents terribles et L’Aigle à deux têtes, désormais Jean Marais est en haut de l’affiche. Puis, l’acteur enchaîne les rôles au cinéma, s’éloigne un temps de Cocteau pour Visconti, Renoir ou Guitry, joue le cascadeur dans des films populaires comme Le Bossu ou Le Capitaine Fracasse, garde toujours les deux pieds bien ancrés sur les planches des théâtres, et se régale avec Jacques Demy de son goût pour les contes et légendes avec Peau d’Âne....  La carrière du comédien, parfois aussi metteur en scène et décorateur (à la Comédie française en 1940), est comblée. L’homme a décidé d’être heureux, et ce féroce appétit de vivre conduit l’artiste à s’exprimer de toutes les façons. Jean Marais dessine avec une grande précision, imagine des contes et légendes, peint des échappées stellaires, et modèle de la terre, comme Picasso, à Vallauris... Depuis le décès de Cocteau, il a, dit-il, « des distractions ».

    jean marais,éléphant paname,jean cocteau,laurence caron-spokojnyJean Marais, au delà de sa beauté et de son aura, apparaît ici d'une sincérité désarmante, simple, sans artifice, terrien et aérien à la fois.
    Les succès sont passés et demeurent des références ; adulé ou critiqué, le public a toujours été à ses côtés.
    Jean Marais, peut-être sans le savoir, a élevé des passerelles, entre un univers artistique considéré comme intellectuel -tel le théâtre de Cocteau à l’époque, vers des arts plus populaires -comme ses films de «cape et d’épée». A la manière de certains grands acteurs américains d’aujourd’hui qui jouent autant sur les planches de Broadway, dans des films d’auteur pour lesquels ils engagent souvent leur cachet, ou bien dans de gros blockbuster : Jean Marais était de cette trempe, très en avance sur son époque, il a su s'exprimer d’un genre à l’autre et se jouer des étiquettes.

    L’acteur, le comédien, lors d’une interview, projetée au cours de l’exposition à la scénographie harmonieuse, dit ne pas aimer parler de "métier" mais plutôt de "jeu" : « on dit d’un acteur qu'il joue », et il avoue humblement "s’être beaucoup amusé". Nous aussi...

    Alors, pour revivre ces instants, reflets magnifiques d’une époque, ou bien pour découvrir Jean Marais, cette visite est nécessaire. Rendez-vous à Eléphant Paname, avant le 16 mars, avant que les précieux souvenirs matériels de l’existence de Jean Marais ne soient dispersés aux quatre vents de la vente aux enchères qui clôturera l’exposition.

    Laurence Caron-Spokojny

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  • La Framboise Frivole au Théâtre des Bouffes Parisiens : une déclaration d'amour à la Musique

    « Delicatissimo » par la Framboise Frivole est joué dans le très emblématique Théâtre des Bouffes Parisiens, ce nouveau spectacle marque le grand retour de Bart Van Caenegem au piano, aux côtés du brillant ténor et violoncelliste Peter Hens. Nos deux aventuriers partent à la recherche de l’Archet perdu…

    De nombreux compositeurs de variétés se sont inspirés avec talent du répertoire classique, je citerai Serge Gainsbourg qui a puisé allégrement dans le répertoire de Chopin ; pour « La Framboise Frivole » il s’agit d’une toute autre échappée belle… Aux Bouffes Parisiens, les notes classiques s’envolent, sous la voûte de ce temple du music-hall, pour se mêler aux sons et rythmes modernes. Les mélodies épousent les contours du répertoire de la chanson française (à moins que ce soit l’inverse) avec humour, et, laisse s’épanouir ce qui est sans contexte la plus belle invention de l’Homme : la Musique.

    Bart Van Caenegem,Peter Hens,dominique dumond,polyfolies,théâtre des bouffes parisiens,la framboise frivole,laurence caron-spokojnyLe duo de clowns mélomanes exercé aux arts musicaux, au niveau des plus grands virtuoses d’aujourd’hui, ne se prend définitivement pas au sérieux et c’est là que se porte toute sa singularité. Les touches du piano de Bart Van Caenegem  rivalisent de vélocité avec la danse savante de l’archet du violoncelliste Peter Hens, ce dernier assaisonne son jeu de mélopées audacieuses. Ténor aux accents brillants, Peter Hens a de quoi mettre au placard notre cheptel de chanteurs de variétés. Le ton donné est résolument comique, et la salle attentive est hilare.
    Une très nébuleuse quête d’un archet croise les pas de Maurice Jarre, avec pour graal : le rire. Les musiciens font corps avec leurs instruments, et, n’hésitent pas aussi à argumenter leur propos de calembours, plaisanteries caustiques, jeux de mots hasardeux et autres « blagues de ténor » (comme le disait un ténor que j’ai bien connu ;-) - lui aussi jardinier à ses heures)… 

    Depuis près de 30 ans, les deux musiciens belges régalent un public sans cesse renouvelé. Très intelligemment, les spectacles de la Framboise Frivole sont à chaque fois différents, et demeurent fermement inscrits dans l’air du temps. De leur plat pays, les musiciens chevronnés prennent toute la distance nécessaire pour se jouer de la chanson française à leur guise, afin que le spectacle soit à chaque fois plus saisissant et plus déjanté.

    Jusqu’au 26 avril, un souffle inattendu, aussi insufflé par les nouvelles technologies, balaye magistralement, et, sans aucune prétention, toutes les conventions qu’elles soient issues du répertoire classique ou de la chanson française.
    La Framboise Frivole déclare une nouvelle fois son amour à la Musique avec une créativité qui ne semble pas prête de s’épuiser. 
    Bart Van Caenegem et Peter Hens sont de grands artistes.

    Laurence Caron-Spokojny

    Nb : allez-y aussi avec vos enfants.

     

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  • Les accords parfaits de Serge Poliakoff au Musée d’Art Moderne, jusqu’au 23 février

    serge poliakoff,musée d'art moderne
    Serge Poliakoff, Gris bleu, 1962. Collection particulière, Paris © ADAGP Paris, 2013

    Entrer dans l’exposition de Serge Poliakoff, proposée par le Musée d’Art Moderne, se passe comme dans un rêve… un rêve très éveillé : « Le rêve des formes ». Et des formes, il en existe une infinité. A perte de vue, un horizon  s’offre au regard : plus de 70 peintures, et, autant d’œuvres sur papier réalisées entre 1936 et 1969 composent cette sorte de toile géante reflet harmonieux de l’œuvre de Serge Poliakoff.
    Fuyant la Russie secouée par la révolution, Serge Poliakoff joue de la
    balalaïka dans les cabarets pour subsister ; le 20ème siècle bat son plein et les courants artistiques rattrapent le jeune Russe et l'inspire, il devient bientôt le Maître absolu de l’Art Abstrait, et, Français en 1962.

    Les couleurs de Serge Poliakoff s’étendent sur la toile ou le papier comme autant de simultanéités sonores, la musique ne semble jamais loin dans la recherche conceptuelle et incessante de l’artiste. Aucun tableau ne se ressemble et pourtant tous pourraient se coller les uns aux autres et ne former qu’un. Les formes se fondent, se glissent, s’épousent, s’approchent et se comparent ; Serge Poliakoff a le don du bon goût, tout va ensemble, tout concorde. Ici, la scénographie des œuvres structurée, entre les murs du Musée d’Art Moderne, est d’une beauté époustouflante.

    Serge Poliakoff signe une définition du « beau » incontestable, un enseignement radical que tous suivront et suivent encore…
    Une exposition à voir absolument !

    Laurence Caron-Spokojny

     

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  • L'exposition "La Renaissance et le Rêve" au musée du Luxembourg se termine bientôt, le 26 janvier...

    Alors que le Musée du Louvre propose une exposition d’une rare beauté intitulée Le Printemps de la Renaissance, mouvement artistique et culturel, mais aussi politique et scientifique, né à Florence au début du XVème siècle ; le Musée du Luxembourg met l’accent sur la portée spirituelle et souvent fantasmagorique des arts lors de cette période.

    laurence caron-spokojny,la renaissance et le rêve,musée du luxembourg

    A la Renaissance, les incalculables représentations de la Vierge et l’enfant, dieux et déesses de l’Olympe, Saints et anges en pleine action, et bien d’autres personnages bibliques ou mythologiques, font légions. Lire la suite ici...

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  • La recette du bonheur est à la Gaité Lyrique : THE HAPPY SHOW jusqu'au 9 mars 2014

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  • Albums, Bande dessinée et immigration de 1913à 2013 : très belle, et très instructive, exposition au Musée de l'Histoire de l'immigration

    Louis le Portugais,Bilel,Malamine,Igor,Bouzid, Jiggs,Abdulah, Petit Polio,Aya de Yopougon,Goscinny,Georges McManus,AlbumsÀ travers plus de 400 pièces et documents originaux, planches de bande dessinée, esquisses et croquis préparatoires, films d’animation, entretiens filmés et autres photographies et documents d’archives, l’exposition se propose d’envisager le phénomène migratoire dans la bande dessinée.

    Aujourd’hui, la bande dessinée a définitivement acquis le statut de 9ème art et n’a jamais été autant exposée dans de grands musées. Plusieurs expositions récentes ont dressé des passerelles entre la bande dessinée et d’autres formes artistiques (Archi et BD, la ville dessinée ; Vraoum, trésors de la bande dessinée et art contemporain), entre bande dessinée et culture (de Superman au chat du rabbin) ou encore entre bande dessinée et histoire (Tardi et la Grande Guerre, Mobilisation générale : 14-18 dans la bande dessinée, Traits résistants). Cette exposition apporte sa pierre à l’édifice en convoquant pour la première fois toutes les formes associées du 9ème art pour raconter l’immigration autrement.

    Lire la suite

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  • Picasso à Malraux : « J’ai fait des assiettes, on peut manger dedans. » - Picasso, céramiste à la Cité de la Céramique de Sèvres jusqu’au 19 mai 2014

    picasso céramiste et la méditerranée,cité de la céramique,sèvres,laurence caron-spokojny,picassoLors de l’exposition annuelle des potiers de Vallauris en 1946, Picasso rencontre Suzanne et George Ramié, les propriétaires d’une fabrique de céramique, l’atelier Madoura. Picasso y réalise ses premières œuvres en céramique puis 4500 œuvres suivront jusqu’en 1971. Picasso considère avoir trouvé une façon  de démocratiser son œuvre ; depuis la libération, Picasso est inscrit au parti communiste, son engagement date de la période de la guerre d’Espagne, il confiera à André Malraux : « J’ai fait des assiettes, on peut manger dedans. »

    L’œuvre céramique de Picasso a investi le dernier étage de la très belle Cité de la Céramique de Sèvres : c’est un éblouissement. La sensualité des courbes de ses femmes, aux hanches généreuses et à la taille élancée, côtoie la foule déchaînée de ses chères corridas alors que faunes, et chèvres délicates, se partagent les vitrines lumineuses de l’exposition.

    Un premier espace réunit matrices et moules aux œuvres originales, c’est une entrée dans l’atelier ; on respire presque la poussière de terre cuite, est-ce le bruit lancinant du tour du potier ? l’envie de caresser l’émail… il faut seulement imaginer, ici même les photos sont interdites, les 150 œuvres présentées sont gardées jalousement par les héritiers du maître. 
    Puis un second espace puise dans les précieuses réserves de l’exposition permanente de la Cité pour présenter quelques pièces anciennes symbolisant les courants qui ont inspirés Picasso, les civilisations chypriotes, grecques ou espagnoles marquent le territoire.
    L’entrée dans le cœur de l’exposition est magique, foudroyée par la beauté. Les mains de Picasso sont partout, inventives, elles modèlent en quelques tours savants des colombes et des chouettes prêtent à prendre leur envol, aussi vivantes que les plats, carafes et assiettes. Picasso transforme l’objet mobile et anodin en œuvre vibrante et tournoyante, les traits sont souvent tracés dans la pâte encore molle de bleus et d’ocres éclatants, la brillance des vernis se frotte au ton mat de la pâte blanche sans que l’une ou l’autre en porte ombrage. 
     

    picasso céramiste et la méditerranée,cité de la céramique,sèvres,laurence caron-spokojny,picasso

    Picasso surcharge de décors certaines pièces classiques pour ensuite modeler une forme pure et aérienne. Par hasard, il ramasse un éclat de brique, il dessine un visage de déesse, tel un fragment de cité antique digne des plus grands trésors de Pompéï.  L’artiste génial s’exprime pleinement, de la façon la plus spontanée qui soit pour enfin se consacrer à l’édition de céramique dont 633 modèles seront édités pour des tirages allant jusqu’à 500 exemplaires, l’Atelier Madoura en aura l’exclusivité.

    Votre connaissance de Picasso est incomplète si vous ne connaissez pas son œuvre céramiste ; à la Cité de la Céramique de Sèvres, il est question de s’approcher au plus près de l’intensité créative de l’œuvre de Picasso : ainsi il est possible de sentir les mains de l’artiste courir sur la glaise, il suffit juste de dévorer des yeux ces modelages et sculptures, une expérience envoûtante. 

    Laurence Caron-Spokojny

    A visionner ici le film "Picasso céramiste et la Méditerranée" - de Christine Pinault et Thierry Spitzer, 2013 (19'30) - production Picasso Administration. 

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